Ce livre se présente un peu, surtout dans le premier tiers, comme un carnet d'esquisses dont « A la recherche du temps perdu » serait le tableau final.
Comme Monet dans ses séries de meules de foin ou ses cathédrales de Rouen... Proust nous propose ici, des variations sur les mêmes thèmes que dans son grand oeuvre... Son style présente davantage de ramifications, ici, et les longs rubans d'étoffe soyeuse seront tissés dans l'écriture de la Recherche...
Dès la préface, il annonce qu'il privilégie l'intuition par rapport à l'intelligence : la vie plutôt que l'analyse !
Or, dans ce livre, il nous offre l'opportunité de découvrir ce qu'il a « peint » par touches, évoqué par métaphores dans la Recherche et, ce, d'une façon beaucoup plus explicite et détaillée.
Par exemple, la « madeleine » est déjà là mais sous la forme du pain grillé ou de la biscotte que son grand-père lui offrait tendrement de goûter, trempé dans du café...
L'épisode de la publication de son article dans le Figaro est relaté très précisément, surtout la fébrilité avec laquelle il savoure la parution...
Proust, ici, nous livre des « clés » pour apprécier son oeuvre et la « comprendre » mais sur ce mot, il ne serait pas d'accord... puisqu'il fait la chasse au « raisonnement »...
A propos de Proust, le philosophe Michel Onfray parle de « psychologie littéraire » et l'on voit la vision du monde de Proust à l'aeuvre partout dans cet ouvrage y compris ou surtout dans sa critique drôle et caustique de Sainte-Beuve...