Présentation de l'éditeur
« Cet ouvrage traduit une fine intelligence de lécriture comme de lunivers proustiens. Fondé sur létude des signes tels quils se présentent dans la Recherche, il approfondit aussi la production et la multiplication des signes eux-mêmes participant à la composition de la cathédrale proustienne. À ces deux angles détudes, qui nont été réunis que lors de la deuxième édition de louvrage de Gilles Deleuze, se joint un troisième, élaboré pour un volume collectif italien, qui clôt louvrage par une réflexion sur la folie dans luvre de Proust. Ainsi le critique dresse-t-il tout dabord une typologie des signes, dessinant par là même les contours de son champ détude, puis sont explorés les rapports entre signe et vérité, pour en venir à la question de lapprentissage, problème essentiel dans une uvre de la mémoire résolument tournée vers lavenir et le progrès. Le lecteur est ensuite invité à observer les signes de lart qui, par leur caractère immatériel, touchent inéluctablement à la question de lessence, quand la mémoire se trouve ne jouer là quun rôle secondaire. [] Lanalyse de Gilles Deleuze sachève par une réflexion sur la présence et la fonction de la folie dans ce texte, sous le signe de laraignée. » (C. Zoulim)
Quatrième de couverture
Le mot « signe » est un des mots les plus fréquents de la Recherche, notamment dans la systématisation finale qui constitue le Temps retrouvé. La Recherche se présente comme l'exploration des différents mondes de signes, qui s'organisent en cercles et se recoupent en certains points. Car les signes sont spécifiques et constituent la matière de tel ou tel monde. On le voit déjà dans les personnages secondaires : Norpois et le chiffre diplomatique, Saint-Loup et les signes stratégiques, Cottard et les symptômes médicaux. Un homme peut être habile à déchiffrer les signes d'un domaine, mais rester idiot dans tout autre cas : ainsi Cottard, grand clinicien. Bien plus, dans un domaine commun, les mondes se cloisonnent : les signes des Verdurin n'ont pas cours chez les Guermantes, inversement le style de Swann ou les hiéroglyphes de Charlus ne passent pas chez les Verdurin. L'unité de tous les mondes est qu'ils forment des systèmes de signes émis par des personnes, des objets, des matières ; on ne découvre aucune vérité, on n'apprend rien, sinon par déchiffrage et interprétation.
L'uvre de Proust n'est pas un exercice de mémoire, volontaire ou involontaire, mais, au sens le plus fort du terme, une recherche de la vérité qui se construit par l'apprentissage des signes. Il ne s'agit pas de reconstituer le passé mais de comprendre le réel en distinguant le vrai du faux.
Gilles Deleuze, lecteur de Proust, est aussi l'interprète de Bergson, Nietzsche ou Spinoza. L'intelligence de l'uvre est certes un plaisir de l'esprit ou une dégustation des sens. Elle est aussi un chemin de la connaissance.
--Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.