Critique
Thurston Moore, a su mettre à profit le repos forcé de sa moitié Kim Gordon, alors enceinte de leur fille, pour élaborer son premier album solo, sorti en 1995 chez Geffen. Quand l’un des membres fondateurs de Sonic Youth, groupe phare du noise rock et du rock expérimental écoute son inspiration et se lance seul à l’eau, il n’est pas surprenant de retrouver des ambiances familières.
Moore concocte donc encore de ces plages hypnotiques et toujours plus construites qu’elles n’y paraissent, dont il a le secret. Même si elles sont moins denses que sur un album de Sonic Youth, les quinze pistes de Psychic Hearts ne peuvent que plaire aux adeptes du groupe, d’autant qu’en tant qu’esthète exigent Moore met du cœur à l’ouvrage en multipliant les clins d’œil à ses muses rock stars. Yoko Ono et Patti Smith sont ainsi citées de sa voix restée adolescente. La première est révérée dans la structure répétitive de
« Ono Soul », (« queen of sound ») et la seconde est célébrée dans le très rock and roll
« Patti Smith Math Scratch ».
Mais Moore ne vénère pas que les femmes, puisque l’auditeur scrutateur pourra, au gré des entrelacements sonores, reconnaitre des textures nobles. En vrac, certain passages évoquent The Velvet Underground, The Grateful Dead, The Rolling Stones… Moore termine l’hommage dans un titre final,
« Elegy for All the Dead Rock Stars », long de vingt minutes. Un exercice habituel pour ce guitariste unique.
A noter que quelques mois avant la parution du second album solo de Moore, ce
Psychic Hearts a bénéficié d’une remasterisation et d’une réédition en 2006.
Anne Yven - Copyright 2012 Music Story