"Psycho-candy". Tout est dit dans le titre : les noces des délicates sucreries acidulées de notre enfance et des traumas psychologiques de l'adolescence. Résultat : un album de rock adulte, mature, sans concession, brut de décoffrage. On a parlé de croisement improbable, d'hybridation entre les premiers Beach Boys aux mélodies candides et la noirceur bruitiste du Velvet Underground ; ça pourrait bien être, en effet, quelque chose comme ça, tant la splendeur mélodique de certains morceaux (les ballades "Just like honey" et "Some candy talking" sont absolument délicieuses, inusables) semble émerger ça et là d'un chaos sonore viscéral, tissé de saturation, de réverbération, d'effets fuzz agressifs, voire douloureux. Des bruits inquiétants, dérangeants, psychotiques, tout droits sortis d'une aciérie, des bruits d'engrenages vicieux, de grincements de dents, de cauchemars fiévreux, autant de hurlements sidérurgiques. Qu'est-ce qu'on peut faire de mal avec une guitare ! Car cette musique fait mal, presque physiquement (on perçoit comme des ultrasons !), les frères Reid, mauvais garçons notoires, le savent bien. Leur rock apparaît, en une décennie tout entière vouée aux synthés cheap et light, fondamentalement sale, pervers, de mauvaise fréquentation. Il semble préfigurer les efforts bruitistes de Sonic Youth, My Bloody Valentine, Mogwaï, et même ce que l'on a appelé le courant post-rock, Slint notamment. Pour ce premier album, d'ores et déjà classique et cultissime, le cuir noir revient à l'honneur, de manière foncièrement intempestive, pour rappeler aux années 80 que le rock, le vrai, n'est pas encore mort, qu'il est encore capable de convulsions géniales, qu'il est encore capable de faire époque, comme c'est assurément le cas de ce génial "Psychocandy".