L'un des films fondateurs (1960) du cinéma moderne, "Psychose", apparaît toujours comme un film exceptionnel tant par les thèmes qu'il évoque que par sa magistrale réalisation.
A travers une histoire de vol et de meurtre, Hitchcock développe un film d'une rare homogénéité dont tous les éléments - récit, personnages, décors, musique et "figures" - s'organisent autour d'une même réflexion sur la nature de l'homme et la condition qui lui est faite. Sous couvert d'une histoire policière, il nous conduit en fait dans les abîmes de l'âme humaine, plaçant ainsi son film sous le signe de l'ambivalence.
La dualité est au coeur de "Psychose" et le structure : double récit (l'histoire de Marion à laquelle succède celle de Norman) ; double personnalité des deux personnages principaux ( Marion est une employée modèle avant de transgresser la loi / Norman semble le fils modèle avant de révéler sa face cachée); double dimension du décor (du regard caméra "aérien" du début du film aux bas-fonds du marais final) renforcé par les figures circulaires de l'enfermement (phares et fenêtres de la maison Bates dans la nuit / pomme arrondie de la douche et évacuation tourbillonnante de l'eau de la douche) ; double thème musical de Bernard Herrmann (un premier tempo lent, grave, hésitant alterne avec un second mouvement emportant la folie débridée des violons suraigus).
Bref, servi par des acteurs au diapason de son talent, Hitchcock orchestre visuellement une véritable descente aux enfers de l'âme humaine et propose une vision pessimiste de la condition humaine : se débattant vainement pour réaliser ses désirs, se heurtant à ses propres limites et aux interdits de la société, l'être humain, dans "Psychose", s'enferme dans une prison qu'il se bâtit lui-même et dont il ne prend conscience que trop tard, comme le montre l'image finale qui se substitue, en surimpression, au visage de Norman.
Alors "Psychose" film sur un psychopathe, comme on l'a souvent prétendu ? Au fond, il s'agit bien plutôt d'un film sur la souffrance née de la condition humaine.
Film à conseiller absolument à vous qui ne connaissez pas encore le film. Film à voir et à revoir plusieurs fois pour en saisir toutes les richesses. Et l'on vous envie de découvrir un film qui propose un pareil enchaînement d'émotions, de frayeurs et de coups de théâtre sans jamais laisser le temps de faire le point sur ce qui se passe à l'écran et qui vous emporte, à travers Marion et Norman, si loin au fond de vous-même.
La version originale est toujours à conseiller mais, en l'occurence, la version française est d'une rare qualité, notamment grâce à la voix française de la mère de Norman - élément essentiel du film - bien plus suggestive que la voix américaine.
PS : Brian de Palma, Davis Cronenberg et David Lynch, entre autres, ont été nourris au cinéma d'Hitchcock.