Les meilleures choses ont une fin ; et aussi invraisemblable que cela puisse paraitre Frank Castle aussi . C'est donc la dernière ligne droite pour Punisher Max , sorte de d'Ultimate Punisher initiée par Garth Ennis , déconnectée du monde des super héros et saupoudrée d'intrigues sombres , violentes et réalistes .
Jason Aaron , jeune prodige de Vertigo a réussi à construire un Run de toute beauté , un poil en deçà du maître . Dans sa postface, Aaron admet qu'ils voulait écrire la mort du Punisher . Par égard pour Ennis qui avait établi une chronologie précise de la vie de Frank Castle . Aaron depuis le début souligne à juste titre que Frank ne pouvait plus mener sa croisade aussi efficacement à 65 ans !
Depuis le debut de ce run , son corps a des sequelles de ses blessures , les flics le recherchent enfin , Bullseye a réussit à le briser psychologiquement . Lorsque cette dernière histoire commence , Castle est un vrai clodo : sale , puant , il dort sur des journaux dans son ancienne maison et il est déterminé à tuer Wilson Fisk avec seulement un 9Mm et six balles ! Comment y' arrivera t' il avec tout New York à ses trousses et une nouvelle garde du corps : Elektra ?
La confrontation entre ces personnages sera ultra violente , à la limite parfois du supportable . Plus que jamais , le Punisher est décrit comme une machine à tuer qui va exécuter son programme aussi fou , absurde , suicidaire que cela puisse paraitre . Ses derniers instants montre un homme criblé de balles convaincu qu'il va guérir une fois de plus pour poursuivre sa vendetta .... Sauf que ...
Umberto Eco avait écrit dans le mythe du Surhomme que lorsque Superman combat , l'important n'est pas de savoir s'il va gagner mais comment il va y arriver . Castle obéit à la même règle . Les intrigues du héros sont quasi mathématiques : en ajoutant une inconnue de plus en plus ardue , comment notre héros va résoudre son équation ?
Aaron maitrise plutôt ce récit : l'histoire est haletante et j'ai littéralement dévoré les pages ! Il réussit le tour de force à continuer les parallèles entre Wilson Fisk et Frank Castle : deux pères qui ont sacrifié leurs enfants à leur égoisme . Il parvient à rendre Wilson Fisk humain face à un Castle qui va commettre l'ignominie de se servir du cadavre d'un enfant . Aaron parvient à impliquer son lecteur de manière incroyable . Chaque balle que reçoit notre héros a été pour moi un coup de couteau . A chaque fois , je me suis dit cette fois ci , il ne s'en sortira pas en espérant avoir tort . Elektra est finalement très secondaire ; elle ajoute une pulsion sexuelle à l'histoire mais reconnaissons que le caractère n'est pas très fouillé . Remercions Aaron pour ne pas avoir introduit de Ninjas pour cette dernière salve .
Pour autant , j'enlève une étoile à cette histoire que j'ai adoré pour les quelques faiblesses du script :
1/ certaines invraisemblances : Il est impossible que les flics , alors que Castle n'a nulle part où aller , ne pensent pas qu'il vit dans son ancienne maison
2 / J'ai eu du mal à avaler que Castle puisse remonter à Vanessa Fisk sans l'ombre d'une indice . De plus , la dernière confrontation entre Castle et Bullseye est bâclée et frustrante.
3 / La fin ! Le dernier Episode est une épitaphe déclamée par Nick Fury . La dernière page ruine toute la série MAX : Fury se réjouit qu'une nouvelle génération de jeunes se réclame du Punisher et défile dans les rues le couteau à la main . C'est un contresens total de la part d'un scénariste qui semblait avoir cerné le personnage . Castle n'a jamais voulu être le héros d'une société , un modèle politique à suivre ; Simplement un homme incapable de résister à ses pulsions ! Dans
Punisher: Welcome Back, Frank , Ennis montrait de manière cinglante le mépris que ses suiveurs inspirait au justicier . Frank Castle est un modèle unique ; vouloir péricliter son héritage par la jeunesse est une terrible faute de goût.
Au final la mort du Punisher présente des avantages et des inconvénients . La série MAX se termine de manière âpre et sans concession à l'image de sa politique éditoriale . Beaucoup regretteront que Steve Dillon avec son style cartoon et simpliste conclue la série alors qu'un Leandro Fernandez ou Goran Parlov auraient d'avantage convenu au style de cette histoire . Étant d'avantage pointilleux sur le scénario que sur les illustrations , Homeless présente le symptôme DVD : il arrive en effet que certains films aient en bonus une fin alternative à l'officielle .
C'est dans cet état d'esprit que l'on peut lire le Run d'Aaron : bourré d'énergie , de bonnes idées et de talent même si on est loin de la fin officielle écrite par Ennis : Punisher The End .