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Une histoire de perdants, ironique et mélancolique, une histoire romanesque vue du côté de la beauté de la défaite, racontée avec un humour nonchalant.
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Voici ce qu'en ecrit Christophe Kantcheff dans Politis:
"Dans « Pura Vida », Patrick Deville élargit son univers en ouvrant grand les portes à l'Histoire et à la politique, et en consacrant son livre aux révolutionnaires oubliés d'Amérique centrale.
Si Pura Vida était un film ? mais les moyens devraient être importants et l'exigence artistique pas moindre pour une adaptation à la hauteur du roman .Son générique déroulerait une liste foisonnante de personnages. Y figureraient Simon Bolivar et Francisco Morazán, Narciso López et Louis Schlessinger, Augusto César Sandino et Tacho Somoza, Antonio de la Guardia et Roque Dalton, bien d'autres encore... Personnages dont l'empreinte dans l'Histoire est plus ou moins importante, mais qui, à en croire l'auteur, ont tous existé.
En réalité, c'était bien là l'un des objectifs de Patrick Deville, que de réunir dans le même récit d'aventures, la même geste, ces hommes pour la plupart oubliés Pura Vida est un livre d'hommes, où les femmes ne tiennent que des seconds rôles, et encore, souvent à titre posthume, jeunes femmes aimées mais disparues ou abandonnées.
Le générique, quoi qu'il en soit, est explicite : le dénominateur commun de ces personnages n'est pas la contemporanéité, puisque leurs vies s'inscrivent sur près de deux siècles , mais l'espace géographique, l'Amérique centrale. Aujourd'hui constituée de sept petits pays, où le narrateur se déplace en avion, rebondissant ainsi « comme une balle de flipper [...]. Rarement plus d'une heure de vol d'une capitale à l'autre. »
William Walker est le sujet de l'enquête qu'il s'est choisie. William Walker ? Né aux États-Unis en 1824, fasciné par la figure du poète Lord Byron mort au combat pour libérer la Grèce, amoureux transi d'une jeune femme victime du choléra, il se lance dans des expéditions armées avec « le regard halluciné des fous et des conquérants », entouré chaque fois d'une poignée de mercenaires. À son actif : il se fait élire président de la République du Nicaragua. Mais la victoire est fugace. Et la démesure de ses ambitions l'amènera à 36 ans sur une plage du Honduras, à l'aube, devant un peloton d'exécution.
C'est le récit de cette enquête que raconte Pura Vida, au sous-titre finalement restrictif, Vie & mort de William Walker, puisque celle-ci entraîne le narrateur sur la piste des autres aventuriers qui ont côtoyé son héros, mais aussi de tous ceux qui dans la région ont porté par le fer des rêves de libération et de justice, et dont le général patriote Simon Bolivar (1783-1830) a été le « modèle indépassable ». Il y a par exemple Augusto César Sandino, chef mythique des « gueux », initiateur dans les années 1930 d'une cité idéale sur une terre vierge du Nicaragua, exécuté par le premier Somoza, ou le poète salvadorien Roque Dalton, fusillé par ses camarades de guérilla en 1975, ou encore Ernesto Cardenal, l'un des responsables sandinistes, que le narrateur approche à Managua.
Pura Vida est un roman de rencontres virtuelles. S'il était un film, mais cette fois la comparaison est de l'auteur lui-même, il serait issu d'« un matériel cinématographique extrêmement complexe, capable de filmer l'avenue Simon-Bolivar au ralenti tout au long de son histoire. Une caméra qu'on aurait placée ici, près de ce banc, et qui aurait enregistré en surimpression les guerres de William Walker au XIXe siècle et les drapeaux rouge et noir de la victoire sandiniste au XXe siècle. » Non chronologique, la structure horizontale du roman met en valeur le bouillonnement chaotique (au sens propre aussi : le tremblement de terre de 1972 a laissé des traces) et révolutionnaire de l'isthme centraméricain, comme si le temps y était compressé. Le jeu sur la durée, son accélération, est une constante dans l'oeuvre de Patrick Deville.
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