Henri-Georges Clouzot est un des metteurs en scène les plus inspirés du cinéma français. Il faisait des films très personnels, très noirs, désabusés, des charges violentes contre ces contemporains ("Le Corbeau"), et pouratnt très populaires. Qui n'a pas vibré devant "Le salaire de la peur" ou "L'assassin habite au 21". Que des succès, que des classiques.
"Quai des orfèvres" est sans doute le plus beau de tous. Il peut se regarder dix fois de suite et garder la même fraîcheur, et ménager les mêmes surprises. Car son intrigue est tellement complexe, ses rebondissements tellement riches, qu'on en oublie toujours le dénouement. C'est un film policier : un mort, un flic, une enquête. Mais quel flic ! Louis Jouvet, dont le jeu peut parfois agacé, mais qui ici insuffle à son personnage le grain de jolie qui le rend inoubliable. C'est par ses yeux de vieux renard rusé, désabusé et fatigué, que Clouzot scrute la société et ses moeurs. Le suspect, c'est le génial Bernard Blier, amoureux transi et pénaud, flanqué de Suzy Delair, gouailleuse, pétillante et menteuse comme ce n'est pas permis ! Un régal de les voir tous réunis. Clouzot mène son récit avec une maîtrise incroyable, toujours limpide, malgré les innombrables fausses pistes. Il peint une galerie de personnages tous attachants. Il n'y a pas un plan ou une ligne de dialogue en trop. Tout y est parfait, et le résultat est tout simplement jubilatoire ! Le voir et le revoir est une source de bonheur infinie, un émerveillement de chaque instant.
Et si c'était le plus grand film français ? Avec "Casque d'or" et "La Grande illusion" on est pas loin de tenir le trio de tête !