Bientôt vingt ans que Michel Berger nous a quittés brutalement, à l'âge de 45 ans seulement. Il laisse une quantité impressionnante de tubes majeurs, photographie d'une époque où la chanson dite de variété était intelligente, mariant des textes souvent profonds à une musicalité héritée de la pop anglo-saxonne... Les meilleurs représentants dans le domaine sont peut-être Michel Polnareff, Jean-Jacques Goldman, Daniel Balavoine ou Michel Delpech... Michel Berger en fait partie, et ce coffret deux cd est là pour nous le rappeler... Mais l'oeuvre de Michel est double: il y a ses propres chansons, qu'il interpréta (carrière discrète dans les années 70 et plus populaire à partir de 1980), et celles qu'il concocta pour sa compagne France Gall, ex-enfant star des sixties modelée par Gainsbourg, à qui le compositeur de "Starmania" saura redonner une crédibilité à travers des titres inoubliables. "Quand on est ensemble" n'est pas un disque de duos, mais nous offre deux best of (celui de Michel et celui de France), ce qui nous permet de redécouvrir l'oeuvre de Berger à travers ses chansons les plus marquantes: d'abord ses hymnes personnels qui le rendirent célèbre: "La groupie du pianiste", "Seras-tu là?", "Quelques mots d'amour" (sans doute sa plus belle chanson, qui dit si bien la solitude moderne), ou encore "Le paradis blanc" (son dernier tube, au texte poignant et visionnaire à plus d'un titre). On retrouve aussi les succès offerts à Johnny ("Diego libre dans sa tête") et à Françoise Hardy ("Message personnel") dans des versions très dépouillées, ainsi qu'un charmant inédit, "La fille au sax". Ailleurs, on peut déguster des titres un peu moins connus comme "La minute de silence" (sublime ballade) ou "Mon piano danse" (très Beatles). Les chansons de France Gall (disque 2) enfoncent le clou: "La déclaration d'amour", "Il jouait du piano debout", "Musique", "Si maman si", autant de tubes inoubliables, qui font sonner la langue française à merveille. Et puis les chansons de la maturité: "Débranche" (au texte toujours actuel), "Babacar" (bouleversant hommage à l'Afrique), et les morceaux plus intimistes, comme le magnifique "Cézanne peint" ou "Evidemment", l'une des plus belles chansons jamais écrites sur le deuil et l'absence, en mémoire de Daniel Balavoine. Ce coffret est un régal, l'oeuvre d'un artiste perfectionniste qui sut rester digne en étant populaire (comme disait Kipling). Son écoute vous rappellera l'époque où les tubes étaient connus, partagés, et où la chanson constituait encore un phénomène de société, avant qu'elle se dilue dans les méandres d'internet et des multiples stations de radios et chaînes de télé...