Prisonnier de son lit dhôpital, Eulalio Montenegro dAssumpçao se confronte à la vie passée. La présence dune infirmière, de sa fille ou de sa mère, entretient en lui le besoin dexplorer des souvenirs qui sentrechoquent. Son grand-père était une figure politique centrale du Brésil. Son père importait du matériel militaire de France, pays fantasmé où le jeune Eulalio avait pu découvrir les plaisirs de la chair. Mais cette vision de lhéritage familial se nuance au fil de la mémoire qui évolue, laissant place au doute : est-ce un mari trompé ou bien des opposants politiques qui ont froidement abattu son père ? A la mort de ce dernier, il rencontre sa future épouse, Mathilde. Cest sa propre légitimité publique quil doit alors affirmer. Il tente de multiplier les rencontres mondaines pour trouver une place dans la dynastie Assumpçao. La confiance en ses proches sépuise au fil de ses échecs, et cest bientôt la jalousie qui le gagne, une jalousie excessive, presque démente: Mathilde semble plus à laise que son mari au contact dhommes qui ont parcouru le monde entier, et quelle fréquente maintenant sans lui. Les crises se multipliant, elle finit par disparaître. Eulalio napprendra sa mort que des années plus tard. Il élève donc seul sa fille qui se marie finalement avec un Italien fortuné. Empêtré dans de périlleuses affaires, il finit par dilapider tout son argent et abandonne femme et enfant. Le petit-fils du narrateur grandit ainsi dans ce Brésil de « nouveaux riches » et senfonce progressivement dans la criminalité. Eulalio est dépassé, il essaie de saccrocher au réel, mais il ny a que la mémoire de sa famille qui le maintient dans le flux continu de ses paroles. Dune plume rythmée et colorée, Chico Buarque nous plonge dans les méandres dun esprit hanté par les fantômes familiaux. Au seuil de la mort, les figures se confondent en une ronde angoissée et nous conduisent à interroger le mouvement de lhistoire. Le présent se dissout face à lusure du temps. Lhérédité, au centre du roman, sexprime dans toute son ambiguïté. Ce texte intense examine la mémoire dun homme compressé par la généalogie et celle de toute la nation brésilienne. Traduit du portugais (Brésil) par Geneviève Leibrich.
