Quel magistral western que "Quarante tueurs" sorti sur les écrans de cinéma en 1957 !
Magistral car en un film, Samuel Fuller, réussit à créer deux histoires d'amour.
Magistral car, s'agissant d'un western, le spectateur est confronté à la brutalité, la violence, l'instinct de survie, l'élaboration amoureuse, la terreur !
Samuel Fuller projette son spectateur dans les affres de son enfer psychique. Chacun porte en soi son propre jardin de décombres fumants, puants, en noir et blanc. Si vous en doutiez, regardez ce film métaphysique.
J'ai rarement été aussi ébloui par un film.
L'histoire est celle de trois frères, dont l'aîné est shérif fédéral, qui viennent arrêter un adjoint du marshal d'une ville de l'Ouest. Cet adjoint travaille pour une rancher qui de main de fer dirige une troupe de 40 cow-boys, les "quarante tueurs". Survient l'affrontement entre le jeune frère de la rancher et le shérif fédéral. Duel à mort. L'amour né entre les deux héros survivra-t-il ?
Premier plan. Vue de hauteur. Une carriole progresse sur un chemin en paysage valloné. Venant de la gauche du plan, se déplaçant, une énorme ombre, celle d'un nuage menaçant, recouvre la moitié du plan puis englobe la carriole. Le paysage champêtre devient lourd, préfigurant la menace.
Plan suivant. Un grondement, bruit croissant, celui d'une multitude de chevaux descendant le chemin, à la rencontre de la carriole. Tonnerre. Poussière. Plan sur les jambes de chevaux au galop. Puis plan sur la carriole. Une première tête, celle de Griff Bonnell, le shérif fédéral, puis celle de Wes son frère cadet et enfin celle de Chico, le benjamin.
Plan sur la cavalière Jessica Drummond (magnifique Barbara Stanwyck, très grande actrice pour ce très grand rôle féminin), montant un cheval blanc. Yahoo. Quelle énergie ! Quelle force ! Et tous les autres cavaliers de la suivre en ligne. L'ordre règne. Quelle femme ! Ce plan est militaire.
La ville. Les quarante tueurs qui la démolissent à coup de flingues. Un personnage central, dont nous apprenons rapidement après, qu'il s'agit du jeune frère de Jessica, Brockie Drummond (John Ericson en couverture avec Barbara sur la jaquette du DVD), émêché, blesse le marshal à moitié aveugle. Face à face avec Griff. Duel au colt ? Plan sur le regard de Griff qui imperturbable s'avance sur Brockie, puis l'assomme.
Les plans sont magistraux. Scène de rapprochement amoureux entre Griff et Jessica au piano.
Un coup de feu imprévisible manque de peu Griff. Logan, l'éternel amoureux, pitoyable, déclare sa flamme à Jessica qui le méprise.
Logan sort.
Jessica embrasse Griff. La paix, la concorde. Bruits étranges, comme celui d'un martèlement lent et régulier sur le sol. Bong, bong, bong. Inquiétude. Qu'est-ce ? Les bottes de Logan en balancier, il vient de se pendre, frappant une barrière de bois créèrent ce bruit.
La tornade. Exceptionnel.
Je rejoins Jean-Luc Godard dans sa fine analyse de ce film géant :
"Le meilleur film de son auteur. Chaque scène, chaque plan de ce brutal et sauvage western tourné en cinémascope noir et blanc est d'une très grande richesse d'invention et foisonne d'idées de mise en scène."
Les trois bonus sont également excellents.
Quelle puissance !