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3.0 étoiles sur 5
Une double curiosité, 18 février 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Quatuor A Cordes Opus 127, Sonate Pour Piano Opus 101 (CD)
Cet album nous offre une double curiosité : d'une part un des grands quatuor à cordes beethovénien de la maturité arrangé pour orchestre à cordes, d'autre part un Murray Perahia à la direction d'orchestre (ici l'Academy of St.Martin in the Fields; un enregistrement de novembre 2003). Si l'on exclu une ligne de basse (due à Paul Marrion et à Perahia) ajoutée pour augmenter le relief de l'ensemble, il s'agit d'ailleurs plus d'une transcription (due à Beethoven lui-même, ce qui n'est mentionné nulle part) que d'un arrangement, chaque pupitre du quatuor étant "simplement" étendu à l'ensemble des pupitres correspondants de l'orchestre. Le résultat est une curieuse impression mêlant accents symphoniques (mais tout de même, de là à parler d'une équivalent de Xème symphonie comme suggéré dans le livret, c'est aller un peu fort !) et accents plus dépouillés d'un ensemble de cordes seules. L'interprétation est souple et nuancée, souvent expressive, mais incontestablement moins "nette" qu'avec un ensemble plus restreint d'instrument. C'est en outre ce qui gène lors l'audition, car nonobstant certains passages plus réussis, de manière globale on notera surtout un manque de rigueur et de précision dans la mise en place, voire une certaine mollesse. L'impression générale qui domine donc est que, malgré les efforts et l'engagement des musiciens et de leur chef, ce sublime quatuor de Beethoven perd en vivacité et en impact ce qu'il gagne en "épaisseur". Epaisseur et non pas densité; car il suffit d'écouter cette oeuvre par une grande formation de quatuor à cordes pour voir ce que densité veut dire... (dans les références modernes, allez donc rendre visite aux Artémis, vous ne regretterez pas votre voyage !). Une version intéressante, qui donne un éclairage inhabituel à l'écriture intemporelle de Beethoven, mais qui rate quelque peu sa cible dans sa réalisation.
En complément nous retrouvons Perahia dans "son" univers : celui du clavier, avec la sonate n.28 op.101 du même Beethoven (captée en juillet 2004). On retrouvera ici ce toucher si subtilement lumineux et ces nuances de couleurs qui font tout l'attrait du pianiste américain. Cependant, si Perahia souligne la modernité de l'oeuvre, son jeu trop polissé en oblitère la violence; et si l'on perçoit bien l'humour de la composition, on n'en perçoit pas pour autant l'ironie. Enfin, si Perahia montre une maîtrise totale du clavier aussi évidente que l'est sa non-maîtrise totale de la direction d'orchestre, à aucun moment on ne se sentira véritablement touché par cette interprétation.
Il faudra donc aller chercher ailleurs le meilleur de cet excellent musicien, et considérer cet album d'abord comme une intéressante curiosité, à destination des explorateurs de l'univers sonore des grands quatuors beethovéniens, ou alors pour les vrais inconditionnels du pianiste américain.
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