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Le titre de l'ouvrage, formulé sous forme d'interrogation, Que s'est-il passé ? (What went wrong ?), rappelle, de façon lointaine, le "Que faire ?" de Lénine du début du XXe siècle, mais de manière presque inversée. De fait, la ressemblance s'arrête là. Bernard Lewis, spécialiste anglais du Proche-Orient, mondialement connu, revient avec un ouvrage issu de plusieurs conférences données à l'Institut d'anthropologie de Vienne (Autriche) et au Congrès international des sciences historiques de Madrid. L'auteur vise à préciser les luttes et les combats homériques que les musulmans, notamment ceux du Proche-Orient et de Turquie, ont mené face à l'hégémonie occidentale. Tout le livre est consacré à une période charnière – bien que peu connue –, le XIXe siècle. Il démontre que les populations autochtones, arabes, turques et plus largement musulmanes, ont souvent résisté à l'Occident plus qu'on le dit habituellement. Mais aujourd'hui, la déliquescence est trop avancée pour que le Dar al-Islam ("Demeure de l'islam") puisse retrouver la grandeur passée qui fut la sienne. Désormais, le chemin est truffé d'obstacles. Selon Bernard Lewis, la première des embûches auxquelles le musulman doit pouvoir s'affronter, c'est le manque quasi total de liberté : "Pour un observateur occidental baignant dans la théorie et la pratique de la liberté, écrit-il, c'est précisément le manque de liberté – liberté de l'esprit affranchi des dogmes et de la censure ; liberté de l'économie affranchie de la corruption et de l'incurie ; liberté des femmes affranchies de l'oppression masculine ; liberté des citoyens affranchis de la tyrannie – qui est à la base des maux dont souffre le monde musulman."
Le livre comprend sept chapitres essentiellement axés sur le changement social, la modernisation des sociétés musulmanes et de la laïcité. Bernard Lewis aborde ainsi les problématiques les plus diverses, et tente de comprendre ce qui s'est passé depuis les temps florissants de l'islam classique jusqu'au délire messianique des intégristes musulmans, afghans, pakistanais, indonésiens, qui, en effet et autant que les Andalous, se réclament de l'islam. Un livre stimulant qui vaut le détour, bien que sans le tranchant des premiers livres de l'auteur. --Malek Chebel
Présentation de l'éditeur
Bernard Lewis est connu internationalement pour sa connaissance approfondie du monde musulman, spécialement celui du Moyen-Orient.
Il s'agit ici d'un essai, pour répondre à la question que chacun se pose aujourd'hui de la domination de l'Occident, au terme de l'extraordinaire expansion de l'Islam puis de son lent retrait.
Le problème a été beaucoup travaillé pour la période du XIVe au XVIIIe siècle. Bernard Lewis se place ici après, et insiste sur les bouleversements intervenus au XIXe siècle et dans la période contemporaine. L'intérêt de son livre est de se situer au cur des sociétés musulmanes du Moyen-Orient. Il essaie de comprendre comment elles ont tenté de s'opposer aux victoires de l'Occident, militaires d'abord, économiques et culturelles ensuite, et de reprendre le dessus. Ce qu'elles ont décidé d'emprunter et de refuser de la modernité occidentale en matière d'armement et de techniques industrielles, les difficultés qu'elles ont éprouvées et les explications qu'elles se sont données à elles-mêmes en se créant de l'Occident une image diabolique que la période contemporaine n'a fait qu'intensifier.
Ce n'est pas un ouvrage savant, mais l'exposé d'un grand savant suscité par l'actualité.
Il s'agit ici d'un essai, pour répondre à la question que chacun se pose aujourd'hui de la domination de l'Occident, au terme de l'extraordinaire expansion de l'Islam puis de son lent retrait.
Le problème a été beaucoup travaillé pour la période du XIVe au XVIIIe siècle. Bernard Lewis se place ici après, et insiste sur les bouleversements intervenus au XIXe siècle et dans la période contemporaine. L'intérêt de son livre est de se situer au cur des sociétés musulmanes du Moyen-Orient. Il essaie de comprendre comment elles ont tenté de s'opposer aux victoires de l'Occident, militaires d'abord, économiques et culturelles ensuite, et de reprendre le dessus. Ce qu'elles ont décidé d'emprunter et de refuser de la modernité occidentale en matière d'armement et de techniques industrielles, les difficultés qu'elles ont éprouvées et les explications qu'elles se sont données à elles-mêmes en se créant de l'Occident une image diabolique que la période contemporaine n'a fait qu'intensifier.
Ce n'est pas un ouvrage savant, mais l'exposé d'un grand savant suscité par l'actualité.


