"Duty first, self second". "D'abord le devoir, ensuite soi". Cette phrase résume, à elle seule, la grandeur de la monarchie anglaise, incarnée en Elisabeth II, fille du roi George VI, roi aimé de ses sujets pour sa conduite durant les années de guerre. Les temps ayant changé ("the times, they are a changin" chantait Bob Dylan), la Reine d'Angleterre ne prit pas immédiatement la mesure du choc que ressentit le Royaume-Uni lors de la disparition de la Princesse de Galles. Ce film dû à Stephen Frears, cinéaste peu soupçonnable de "Royalatrie" raconte donc comment la Royauté anglaise a vacillé, comment Tony Blair, fraîchement élu, sentit, avant tout le monde, ce qu'il y avait de querelle, de colère et de mécontentement dans la perception qu'avaient les Britanniques de l'attitude de leur Reine.
Il fut certainement le sauveur de cette institution se révélant, comme le fût, en son temps, le travailliste Harold Wilson, "plus royaliste que la Reine" (d'où la reflexion de Chérie Blair sur le fait qu" tous les premiers ministres travaillistes deviennent gaga devant la Reine").
Ce film est formidale à plus d'un titre : parce qu'il nous fait rentrer dans l'intimité des "Royals" tant dans les aspects publics (la scène où Tony Blair s'agenouille devant la Reine pour être intronisé Premier Ministre est extraordinaire pour un républicain-même si la République a ses fastes) que privés (Charles n'est pas-doux euphémisme-des plus brillants ; quant à la palme de l'esprit borné, elle revient, sans conteste, à Philippe d'Edimbourg), parce qu'il nous donne à voir ce personnage extraordinaire de force, de dignité et de majesté qu'est Elisabeth II-même si elle semble dépassée par ce que les médias font de la situation (plan magnifique que celui où elle reconquiert l'affection des Britanniques qui la saluent lors du passage devant les bouquets de fleurs), parce qu'il nous fait vivre de l'intérieur une authentique crise de régime et son dénouement.
Enfin, il faut bien sûr saluer la performance des acteurs-Michael Sheen qui nous donne un Tony Blair, humain, sympa, chaleureux, brillant, plus imprégné des traditions séculaires du Royaume-Uni que ses discours le laissent paraître-et surtout Helen Mirren, cette très belle femme au naturel, fille d'un russe émigré socialiste et républicain, dont la façon de jouer Sa Majesté Britannique est proprement sidérante. A voir et à méditer notamment sur ce qui reste de cette tourmente qui faillit emporter la Grande-Bretagne vers l'idée républicaine.