Probablement le plus grand disque des années 80,
The Queen Is Dead est avant tout le chef-d'oeuvre d'un immense groupe anglais, The Smiths, quatuor flamboyant qui prit la décennie d'assaut avec ses guitares cristallines et ses paroles sibyllines. Rencontre au sommet de la voix et des paroles exceptionnelles de Morrissey et des guitares taillées dans le diamant pur de Johnny Marr, sans oublier la formidable section rythmique sur laquelle s'appuient les 10 titres de l'album, chaque morceau scintille de mille feux dans l'Angleterre thatchérienne exsangue du milieu des années 80. Du morceau-titre, déclaration d'intention surréaliste et humoristique jetée à la face de la Couronne britannique, à "There Is A Light That Never Goes Out", une des plus magnifiques chansons de tous les temps, en passant par "Bigmouth Strikes Again", single aussi éblouissant qu'étourdissant, chaque titre se révèle plus beau que le précédent, que ce soit dans sa cohérence ou dans son expression formelle. On n'a pas fait mieux depuis cet album sorti en 1986.
--Florent Mazzoleni
S’il n’est pas à coup sûr le meilleur disque des Smiths (le posthume
Strangeways, Here We Come lui disputant sérieusement la palme), voilà à coup sûr l’album le plus célèbre et le plus cohérent du groupe emmené par Morrissey. Sans doute même un des classiques indémodables de l’histoire du rock, un des rares albums des années 80 régulièrement présent dans les palmarès, avec
Closer de Joy Division.
The Queen Is Dead explore plus avant les pistes ouvertes par
Meat Is Murder un an avant : ballades à la mélancolie insidieuse, pop songs tranchantes et cyniques. En encore plus brillant, puisque cette fois-ci le groupe rend une copie parfaite. Fort en thème (l’hilarant
« Some girls are bigger than others », où il met en scène Antoine et Cléopâtre) comme en lettres (
« Cemetry gates » et ses références à Keats, Yeats ou Wilde), Morrissey n’est pourtant pas le bon élève de la pop anglaise : plutôt le surdoué qui se permet d’adresser des bras d’honneur au prof, et à la terre entière par la même occasion.
Dès l’ouverture du disque, le chanteur des Smiths repart en guerre.
« Bigmouth Strikes Again » s’écrie le sixième morceau de l’album. Mission accomplie dès
« The Queen is Dead », pamphlet rageur et ironique contre la monarchie anglaise : environ six minutes de texte, l’équivalent d’un marathon pour les Smiths, ce qui n’est pourtant pas de trop pour régler son compte à « sa Bassesse royale ». Morceau suivi d’une autre attaque venimeuse, cette fois-ci contre le business du disque,
« Frankly, Mr. Shankly », ritournelle allègre sur paroles assassines (« I must speak frankly, Mr. Shankly / Give ours money »).
The Queen Is Dead ne se résume pourtant pas à une collection d’attaques politiques. Comme le chante Morrissey sur
« I know it’s over » : « It’s so easy to laugh, it’s so easy to hate, it takes guts to be gentle and kind ». Ce courage, les Smiths l’ont : c’est pourquoi
The Queen Is Dead regorge de leurs compositions les plus élégiaques, de leurs textes les plus personnels et déchirants, comme sur ces hymnes que deviendront
« I know it’s over » et
«There is a light that never goes out » .
Pochette classieuse (Alain Delon himself), chansons parfaites, titre grandiose (que même les Sex Pistols n’avaient pas trouvé pour baptiser leur unique album) : ce troisième effort accède sans peine au statut de classique. Et ce, même si Morrissey y chante « Je veux baisser d’un cran dans l’histoire de la musique », sur
« Frankly, Mr. Shankly », c’est raté, et en beauté :
The Queen Is Dead , c’était l’aller simple pour les discothèques d’île déserte.
Jean-Marie Pottier - Copyright 2012 Music Story