Quoique peu habitué à la poésie contemporaine, j'ai littéralement fondu devant ce recueil de Jacques Roubaud. "Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement", écrivait Boileau. A rebours de cette culture classique, Roubaud, pour décrire l'épouvantable vide laissé par la mort de sa femme Alix, va tenter de dire ce qui habituellement est indicible, l'immense souffrance de la perte, le néant intérieur, la recherche vaine de l'être disparu : d'où l'hermétisme de certains passages, et la structure éclatée du texte, qui se calque, si l'on peut dire, sur l'espace mental du poète. "Le registre rythmique de la parole me fait horreur", écrit-il lui-même. Un livre brûlant, brillant, qui réussit parfaitement à nous communiquer la souffrance du deuil, universelle, et qui m'a beaucoup, beaucoup ému.