Un très grand roman de Genet, qui porte un regard sur la grâce et le péché, un peu à la manière d'un Pasolini, mais en plus féroce. Ici, Genet semble dépassé par son style, empereur de l'intrigue qui n'hésite pas à passer de l'argot à un langage vulgaire. Son style se moque totalement de la culture médiatrice du lecteur en proie à rester sur des sujets disons tabous. Il peut y avoir du dégoût dans ce livre, oui. Mais il est toujours très bien écrit, malgré quelques fautes de syntaxe ("malgré que"...). La mise en scène en fait un polar "unique", peut-être le seul qu'il me soit digne d'apprécier encore 20 ans plus tard, peut-être parce qu'il s'affranchit de tous ses codes et lui propose de nouveaux horizons en matière d'intrigue, ici éclatée, voire de personnages (Querelle n'étant rien de moins qu'un Picaro des mers). Le meurtre est ici sublimé par le sexe, du rapport dominant/dominé, sous l'ambiance crépusculaire et embrumée de Brest. Le style est riche, brut, viril, enlevé, capiteux, élégant, gracieux, imposant, majestueux, moite, chatoyant, exalté. Grec.
Le film de Fassbinder en respecte l'esprit parfaitement, un poème décadent, enfiévré et transcendé par son univers unique et fascinant.