Luc Ferry se donne l'objectif d'interroger les grands philosophes sur ce qu'est le bonheur pour chacun d'eux et donne succintement son avis à la fin. Il s'appuie essentiellement sur les Stoïciens (philosophie antique grecque), Nietzsche, Freud, les Chrétiens et fait un bref détour par A.Comte Sponville.
Il montre que les réponses sont multiples. Ce livre présente cet avantage: celui de donner un panorama de ce que représente le bonheur à travers les siècles. Pour les Anciens, il se trouve dans la contemplation du monde environnant, idéal de perfection. Pour les Modernes, il représente plutôt un bien-être matériel(Nietzche) ou psychologique (Freud).Pour l'auteur, il semblerait que le bonheur provienne de la victoire sur la question du Salut: une capacité à vaincre les peurs de la mort selon la célèbre formule de Montaigne "Philosopher, c'est apprendre à mourir". Quant aux Chrétiens, le bonheur est pour eux un aboutissement que l'on retrouve dans la contemplation et la soumission à une forme de transcendance représentée par Dieu.
Ce parcours à travers les âges est très intéressant. Je trouve cependant deux défauts à ce livre:
-la partie sur St Thomas m'a paru un peu confuse. Luc Ferry montre comment ce Chrétien a tenté de donner une dimension philosophique à la pensée religieuse. Le développement est pénible, répétitif et peu éclairant.
-ayant lu "Apprendre à vivre" (publication en 2006)du même auteur avant ce livre ("Qu'est-ce qu'une vie réussie?", publication en 2002) j'y ai vu un certain nombre de répétitions. Luc Ferry reprend parfois les mêmes extraits dans les deux livres et des explications identiques (un copier-coller parfait). Je pense notamment au discours de Naipaul et à son commentaire ou aux extraits de Pascal. Je trouve ce procédé assez gênant. On attend pour chaque livre une cheminement absolument neuf.
Je déconseille donc aux lecteurs de lire les deux à la suite (ce que j'ai fait!), même si "Qu'est-ce qu'une vie réussie?" approfondit davantage la pensée nietzschéenne et offre un très beau développement sur Freud avec l'explication convaincante de ce qu'est pour le psychanalyste la fixation et la régression.
Luc Ferry garde toutefois cette qualité assez rare chez les philosophes d'un style particulièrement clair, soutenu et d'un cheminement cohérent et accessible à tous. Cette humilité, cette simplicité sont fort agréables.