Hollywood 1947. Un détective privé essaie d'empêcher un mystérieux méchant de s'emparer de Toonville, la ville où vivent les Toons (les personnages de dessins animés) pour la raser et y construire une autoroute.
Sorti en 1988, "Roger Rabbit" est le chaînon manquant entre les réussites passées du studio Disney, disparues dans les années 70 et au début des années 80 (après la mort de Walt Disney) et la renaissance qui allait venir à la fin de ces mêmes années 80 puis 90. Entre les deux donc, un film hors normes, fruit de l'alliance improbable entre la Maison de Mickey et Steve Spielberg. C'est qu'il fallait bien tout le talent de cet autre magicien du cinéma pour convaincre tous les studios de dessins animés "d'autoriser" leurs stars à participer au film : Bugs Bunny, Popeye, Betty Boop etc.
Car la réussite de Roger Rabbit est là : c'est un hommage nostalgique et plein d'amour pour les héros de notre enfance, pour ces "tons" qui nous ont fait rêver et qui ne sont pas seulement menacés par la construction d'une autoroute. Dans un monde où les gamins veulent grandir toujours plus vite, où le cinéma a supprimé les cartoons avant les films pour faire des économies. Ici, le plaisir de retrouver tous ces héros en compagnie de Mickey, Donald et Dumbo.
Tout autant que Disney et Spielberg, le 3e artisan de la réussite de "Roger Rabbit" est Robert Zemeckis, réalisateur capable comme nul autre de filmer en tenant compte à la fois des besoins de la narration et ceux de la technique. Ici, c'est avec une virtuosité sans égale (même dans "Mary Poppins" avant, même depuis lors avec Gollum dans "Le Seigneur des Anneaux") que personnages humains et dessinés interagissent. Le résultat est prodigieux. Le scénario est certes un peu trop compliqué (on ne suit pas très bien tout ce qui se passe) mais il est drôle et souvent très "non" Disney. D'ailleurs, pour ne pas choquer le public familial du studio, le film est sorti sous la bannière Touchstone, plus adulte et pouvant mieux faire passer quelques grossièretés et blagues un peu salaces.
Enfin, il faut saluer la création de deux héros entrés depuis au Panthéon Disney. Roger Rabbit, le lapin star et gaffeur, et sa femme, la sculpturale Jessica, véritable fantasme masculin sorti de Playboy. Curieusement, leur animation a été faite en Angleterre, chez Richard Williams, plutôt que dans les Studios Disney (à l'époque ils animaient - beaucoup moins bien - "Oliver & Cie").
Le succès de ce film a entraîné la production de plusieurs cartoons ainsi que la création d'un "land" dans les parcs américains Disney, Toontown, consacré à des attractions basées sur les personnages du film et sur les tons classiques comme Mickey ou Dingo. Mais les relations s'étant entre temps détériorées entre les dirigeants de Disney et Spielberg, il n'y a jamais eu de suite à ce film bien qu'on l'ait souvent annoncée depuis 25 ans. Faut-il en être triste ? Cela permet à ce "Qui veut la peau de Rogger Rabbit ?" de demeurer un film unique.
Cette édition en 2 DVD est un plaisir en bonus, nombreux et complets. Le film a en revanche bien besoin d'une restauration, la qualité n'étant pas vraiment au rendez-vous quant à l'image.