Le principe de cette collection photo roman chez cet éditeur est le suivant : « une série de photographies dont il ignore tout est confiée à un écrivain. Il s'aventure alors dans l'écriture d'un roman où ces photographies provoquent la fiction. »
Léo, 16 ans, vit tantôt chez sa mère, tantôt chez son père, au gré de ses envies, il est grand maintenant, il s'organise un peu comme il veut, ses parents divorcés habitant la même ville. Et puis il sent son père plus fragile en ce moment, la quarantaine peut-être. C'est par erreur qu'il ouvre une enveloppe destinée à son père, un courrier intrigant qui ne contient rien d'autre qu'une photo. Les envois anonymes se succèdent, les photos l'intriguent, qu'est-ce que ces images de monuments à l'abandon et de paysages en friche ont à voir avec Louis, son père? Qu'a-t-il bien pu vivre à Soukhoumi ? Il va l'interroger et Louis va raconter son amour de jeunesse perdu, lors de cet improbable voyage scolaire en Abkhazie dans les années 80. Les photos sont bien évidemment judicieusement placées et donnent tout son sens au texte, vous ne verrez jamais plus autrement cette couverture que comme l'illustration de «la belle histoire amour de Louis et Natasha».
Qui vive ? est un très beau roman sur la relation père-fils, sur le passé qui ressurgit et avec lequel il faut régler ses comptes pour avancer, sur l'adolescence qui a besoin de repères pour se construire, et il réserve une très belle surprise aussi, que je n'ai pas vu venir, il m'a même fallu revenir en arrière, relire les propos de Léo, revoir à nouveau la photo, pour saisir...
L'intrigue chemine, entre humour et amour (Léo a une petite amie aussi), l'histoire du conflit abkhaze, et le secret de ce père qui se dévoile... j'ai eu envie de noter plein de petites phrases par-ci par-là, et j'ai vraiment été surprise par la fin, séduite et convaincue. La relation texte / photographies est quand même sacrément bien fichue, et je porte un nouveau regard sur cette collection désormais.
Quelques extraits :
p. 45 : « Je secoue la tête. Je regarde peu la télé, finalement. Je passe plutôt mon temps sur l'ordinateur où les nouvelles ont toutes la même importance. 30 morts au Pakistan, Angelina Jolie et Brad Pitt adoptent un nouveau bébé, une joggeuse enlevée et violée, typhon sur l 'Asie. Un nivellement. Je reçois tout cela très passivement - avec une sorte de résignation qui me fait ressembler à un vieux des maisons de retraite. A quoi bon faire quelque chose puisqu'on ne capte rien ? »
et pour sourire :
p. 97 : « Louis adore Facebook. Il a plus de 2400 amis - et il est toujours très fier de donner le nombre de ses contacts et de préciser, en riant, qu'il n'en connaît aucun. Mon père a décidé que, puisque la technologie le dépassait, il fallait bien faire semblant d'en être un de ses organisateurs. »