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Répétitions : L'esthétique musicale de Terry Riley, Steve Reich et Philip Glass [Broché]

Johan Girard

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Description de l'ouvrage

7 juin 2010
Qu'entendre dans les boucles infinies que déroule la musique «répétitive» de Terry Riley, Steve Reich et Philip Glass ? Quelles formes d'écoute leurs oeuvres sollicitent-elles ? Quel sens prend leur démarche dans le champ d'oppositions esthétiques des années 1960 ? Quel rapport au temps et à la mémoire se trouve induit par la sempiternelle itération du similaire ?
Dans le sillage de l'esthétique analytique, cet ouvrage s'intéresse à une forme musicale souvent mal comprise, dont les échos s'entendent pourtant dans les musiques contemporaines, non seulement savantes, mais aussi populaires : techno, house music, electronica en sont largement tributaires.

Johan Girard est musicien et docteur en esthétique et sciences de la communication. Il enseigne la philosophie de l'art et l'esthétique musicale à l'Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris 3.

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Descriptions du produit

Extrait

Extrait de l'introduction

Un seul accord, joué par quatre orgues électroniques sur fond d'une battue de maracas, se répète inlassablement. D'abord exécuté à l'unisson, il s'étire progressivement, se brise peu à peu et devient presque mélodie. La battue des maracas ne cesse de marteler ses coups métronomiques. Lors de ses premières exécutions publiques, l'oeuvre, dit-on, fit scandale. Agacée par l'itération sempiternelle de ce même accord, une dame d'un certain âge aurait frappé l'estrade du talon de sa chaussure en guise de protestation. Four Organs de Steve Reich, oeuvre phare de la musique contemporaine américaine dite «répétitive» (aux côtés des travaux de Terry Riley et de Philip Glass), paraît bien difficile à cerner. Dira-t-on que son caractère le plus transparent est son opacité communicationnelle ? La sempiternelle répétition semble ne rien porter d'autre qu'elle-même, dans une nudité qui, à première écoute, peut paraître déroutante.

Le motif qui se répète ne constitue pas un arrière-plan, un soubassement qui permettrait à la virtuosité soliste de se déployer, comme dans le jazz modal de John Coltrane, pour lequel de «simples» accords, sans cesse réitérés, forment la toile où se déploient les complexes arabesques du jeu de saxophone. L'oeuvre ne ressortit pas non plus du «schéma» du Boléro, où la répétition semble nous dire : «n'écoutez plus les structures de hauteurs, elles ne changeront pas, mais prêtez l'oreille au timbre, à la densité orchestrale, à l'expression». D'autant que la force de Ravel est d'avoir inventé «un thème à répéter, et pas n'importe quel thème», un thème qui, déjà, soutient Clément Rosset, appelle sa répétition, avant même d'être effectivement répété. Non, la pièce de Reich ne «répète» pas un thème, encore moins un thème remarquable que l'on aimerait entendre répéter. Elle répète un simple accord, un accord dont la répétition n'est sans doute pas des plus agréables. Il s'agit d'un accord de onzième de dominante, traditionnellement utilisé, dans la musique tonale classique, pour sa force de tension : un tel accord appelle résolution. Chez Reich, la résolution ne vient jamais.

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