Je n'avais encore jamais lu Nicolas Baverez, que je n'en jugeais pas moins intéressant, désapprouvant l'étiquette que lui ont collé certains en parlant de lui comme d'un "décliniste", idée qui trouve d'ailleurs sa contradiction dans les faits avec l'ampleur évidente de la crise actuelle. Faits qui lui permettent de revenir avec le présent ouvrage, ultime cri d'alerte d'un économiste
moins pessimiste que d'autres, puisqu'il pense que "la France peut encore disposer de son destin" et qu'il montre comment selon lui.
Même si je ne suis pas toujours entièrement d'accord avec toutes ses analyses, je trouve Nicolas Baverez souvent tout à fait pertinent. Notamment lorsqu'il évoque
Le déni français, caractérisé par un certain
aveuglement, qui remonte déjà à loin et contre lequel
moultes spécialistes ont, à de nombreuses reprises,
mis en garde.
Je reprocherais cependant à Nicolas Baverez, surtout dans la première partie de l'ouvrage à vrai dire, l'excès d'affirmations péremptoires, même si justes dans le fond. L'écrit donne, malgré l'aération des sous-titres, l'impression d'un certain "fouilli", chaque point évoqué méritant quasiment des développements à part entière. Un peu trop court en fin de compte. Une pensée qui part un peu dans tous les sens (mais je ne ferais pas la même critique pour la dernière partie de l'ouvrage , consacrée aux solutions, qui apparaît, elle, mieux construite).
Le déclin de la France viendrait de ce que l'auteur appelle la trahison des élites. S'appuyant sur Bernanos, qui disait "on ne refera pas la France par les élites, on la refera par la base. Cela coûtera plus cher, tant pis ! Cela coûtera ce qu'il faudra. Cela coûtera moins cher que la guerre civile", il montre à quel point le contexte est bien devenu exactement celui-là, face à la véritable léthargie et
démagogie qui caractérise trop souvent nos politiques.
L'ouvrage est d'ailleurs parsemé d'intéressantes citations, dont je me ferai le plaisir de relever quelques-unes assez évocatrices :
- "Les comptes en désordre sont la marque des nations qui s'abandonnent" (Pierre Mendès-France).
- "On ne meurt pas de dettes, on meurt de ne plus pouvoir en faire" (Ferdinand Céline).
- "Quand les hommes ne choisissent pas, les événements choisissent pour eux" (Raymond Aron).
- "Ce n'est pas seulement sur le terrain militaire que notre défaite a eu ses causes intellectuelles. Pour pouvoir être vainqueurs, n'avions-nous pas, en tant que nation, trop pris l'habitude de nous contenter de connaissances incomplètes et d'idées insuffisamment lucides ?" (Marc Bloch, L'étrange défaite).
Nicolas Baverez, s'appuyant sur de nombreux constats implacables, nous alerte ainsi sur le fait que la crise d'insolvabilité et la déflation, issues de 30 années de "prospérité à crédit", sont à nos portes, masquées uniquement pour le moment par les crises grecque, espagnole et italienne.
L'avenir de l'euro dépendra, quant à lui, de la capacité de la France à résister et se réformer en profondeur dans les plus brefs délais. Et, au-delà, c'est une dépression mondiale plus importante encore que
celle des années 1930 qui nous guette, avec toutes les conséquences géopolitiques ou en termes de violence et d'extrémisme qu'une telle situation implique toujours.
Pour autant, il existe des portes de sortie.
Et c'est ce que l'auteur propose dans la dernière partie de l'ouvrage.
Appelant à des formes de régulation dont il décrit les contours, souhaitant à la fois plus d'intégration européenne, des institutions plus fortes, moins d'hostilité à une mondialisation de toute façon inéluctable et moins de tentation protectionniste, il est partisan d'une politique de l'offre, se méfiant toutefois des excès qu'il attache au libéralisme, même s'il récuse les attaques faites à l'encontre de cette philosophie profondément ancrée dans nos sociétés (en cela, il semble s'inscrire comme le successeur de Raymond Aron, filiation qu'il ne renierait pas).
En définitive, un ouvrage honnête, assez précis dans sa partie consacrée aux solutions, véritable cri du coeur et appel à réagir, face à une situation quasi-désespérée mais encore surmontable, d'après l'auteur.
A lire, pour continuer à réfléchir... et surtout à peser dans le sens de l'action résolue et déterminée.