Le premier tome était vraiment brillant, très réussi ; le second l'est tout autant.
Aussitôt Louis XVI exécuté, comme pour combler un vide les éléments poursuivent aussitôt leur déchaînement, sans relâche, dans une décadence et une anarchie sans cesse croissantes, une ambiance fiévreuse à faire frémir.
Rivalités, règlements de compte, corruption (Danton, entre autres) et surenchères accélèrent les événements, conduisant tantôt à la condamnation des uns, tantôt à la réhabilitation des mêmes (Marat défendu par Fouquier-Tinville), puis à l'arrestation des autres, dans une véritable foire d'empoigne entre Jacobins, Cordeliers, Enragés et Girondins (les mouvements d'extrême-gauche d'aujourd'hui avec tous leurs fantasmes trouvent là parfaitement leurs liens de parenté), une véritable chasse aux sorcières, où le peuple se trouve bien malmené et les sans-culotte sont toujours aussi fougueux, cruels et impulsifs.
Suspicions, jalousies, dénonciations se succèdent, en un cocktail détonnant, le tout dans un contexte (qui en découle) de guerre civile, de pénurie croissante, de famine et d'attaques aux frontières. Tandis que l'étau se resserre autour des différentes factions qui s'entredéchirent, conduisant droit à la dictature implacable menée de main de maître par Robespierre, le même qui dresse un vibrant éloge des droits de l'Homme et se réfère sans cesse à la Vertu (comme ses dignes héritiers d'aujourd'hui, toujours très prompts à se poser en donneurs de leçon).
Et la lame de la guillotine parle sans relâche, emportant successivement tant les députés les plus courageux que les Charlotte Corday ou d'autres célébrités malgré elles de l'histoire, ainsi que Marie-Antoinette et jusqu'aux bourreaux eux-mêmes, tel un Danton coupable comme Camille Desmoulins pourtant ami de longue date de Robespierre de faire partie des Indulgents, qui se veulent des modérateurs dans cette période de Terreur où le sang coule plus qu'abondamment, et qui périt condamné par le Tribunal Révolutionnaire, qu'il avait lui-même institué. L'époque est aux procès truqués, tandis que les journaux sont aux ordres et que l'arbitraire règne.
Les éléments sont en furie, le génocide de Vendée est décidé dans le but de marquer les esprits et étouffer toute velléité de contestation, le sang coule abondamment jusqu'à l'écoeurement le plus total.
La période, je le redis (voir tome 1) la plus terrible de l'Histoire de France et inspiratrice des plus abominables totalitarismes qui se succéderont au XXème siècle. Le vocabulaire en témoigne, avec les Comité de sûreté générale, Comité de salut public, armée révolutionnaire, comités révolutionnaires, loi des suspects, ennemis du peuple, ... qui révèlent un véritable fanatisme et nous montrent bien des similitudes avec la Révolution russe de 1917 avec ses révolutionnaires intellectuels qui se font dépasser par leurs extrêmes et exécuter par des ultras bien moins idéalistes, ses files d'attente devant les magasins d'alimentation quasi-vides, etc. Evénements qui rendent toujours vive la célèbre phrase prononcée par Manon Roland sur l'échafaud : « Liberté, que de crimes on commet en ton nom ». Elle encore qui dit un jour « Il est venu le temps prédit où le peuple demandant du pain, on lui donne des cadavres ».
Effrayant et incompréhensible lorsqu'on sait à quel point la référence est permanente à cette Liberté pourtant tant bafouée et lorsqu`on réalise que c'est l'ultra-révolutionnaire hébertiste Momoro qui est à l'origine à cette devise « Liberté, Egalité, Fraternité » qui orne aujourd'hui encore la devanture de tous nos plus grands édifices et à laquelle on se réfère avec tant de fierté.
Et cette citation du libraire Ruault symbolise bien à elle seule toute cette période révolutionnaire : « Quelle singulière nation. Elle donne dans toutes les extrémités ! Elle adorait ses rois, elle a tué le dernier. Elle se courbait avec plaisir sous le joug du catholicisme, elle vient de le renverser de fond en comble. Elle ne connaît point de mesure mitoyenne...Quelle sera la fin de tout ceci ? Elle ne peut être que très misérable ».
Et effectivement, l'extrémisme de Robespierre finit par se retourner contre lui et ses fidèles, emportant la Révolution dans le chaos, l'Insurrection, la famine et les luttes intestines.
Vient alors l'époque du Directoire, dont on espère qu'elle mènera à plus d'apaisement. Mais, pris en étau entre « anarchistes » (babouvistes de Gracchus Babeuf) et royalistes, Barras finit par fomenter un coup d'Etat. Entre-temps, le peuple, affamé et sans plus d'illusion, en est presque venu à souhaiter le retour des royalistes, lui à qui on parle de « liberté » alors même qu'il est plus que jamais plongé dans la misère. Et effectivement, en guise de république, il ne voit que corruption, débauche et luttes pour le pouvoir. En cela, la Révolution semble un échec.
Et c'est ce qui permettra à Bonaparte, très fin stratège, de s'imposer dans le coeur des gens à l'occasion de ses campagnes d'Italie puis d'Egypte, sans que celui-ci perde un instant de vue à quel point le peuple est versatile et pourrait tout aussi bien se réjouir de le voir mener à l'échafaud. Jusqu'au coup d'Etat qu'il réalisera à son tour, avec beaucoup de finesse et d'intelligence, les événements jouant également en sa faveur, permettant ainsi de remettre enfin, à sa manière, de l'ordre dans le fonctionnement de l'Etat.
Et c'est là une autre histoire qui commence...
Un livre vraiment très bien écrit, du grand Max Gallo, qui nous permet de nous projeter avec réalisme dans le contexte de cette époque.
Une lecture que je conseille vivement.