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5.0 étoiles sur 5
le meilleur ?, 4 septembre 2004
Sinopoli n'a pas toujours eu les grâces de la critique, loin de là, surtout en France. Plus que ses ses choix esthétiques, c'est d'aillerus sa compétence même de chef d'orchestre qui fut mise en cause. À la Sächsische Staatskapelle Dresden on peut faire confiance pour ne pas avoir forcément besoin d'un Boulez ou d'un Reiner pour jouer ensemble et juste, et une familiarité de 10 ans avec l'Italien a cimenté une collaboration de très haut niveau, le chef dynamisant l'orchestre, l'orchestre offrant un véhicule idéal aux idées du chef. On a peut-être droit ici à la meilleure prestation orchestrale enregistrée dans Ariane à Naxos, et ce dans une prise de son magnifique. Le chef semble d'ailleurs savoir exactement ce qu'il veut : un prologue à la fois fluide et vivant et un acte d'opéra tournant le dos à la comédie de caractère et s'acheminant de manière à la fois inéluctable et inattendue vers l'abstraction, c'est-à-dire vers l'absolu. La distribution est excellente et contribue à renouveler en profondeur l'apporche de l'œuvre : Dohmen et le quatuor bouffon sont impeccables. Von Otter, moins charismatique que Seefried et Troyanos, jusqu'ici les meilleures interprètes du compositeur, en présente aussi une version plus désemparée et se coule remarquablement dans la direction du chef. Heppner fait souffler l'immense bourrasque requise, oblitérant le souvenir de ténors lyriques, même grands, "nageant" un peu dans le rôle de Bacchus, et des "héroïques" trop bas et sombres. Elle aussi, Dessay balaie presque toutes ses devancières ou presque (sauf Gruberova ?), se jouant des tongue twisters, chantant on sait comment, et faisant exploser la déchirure de Zerbinette. Seule Deborah Voigt est un rien en retrait, mais le rôle est un vrai piège : il y faut un vrai talent d'actrice sachant faire exister un personnage (prologue), et dans l'acte d'opéra trop long pour que la richesse sonore d'une grande voix ou la mise en valeur du mot d'une grande récitaliste suffisent à éviter l'ennui, eh bien il faut les deux. Voigt n'a guère que la première, mais le reste est tellement au-dessus du lot...
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5.0 étoiles sur 5
Transparence orchestrale, solistes excellents, 25 mars 2010
Dans Ariane à Naxos, Richard Strauss et son librettiste Hugo von Hofmannsthal construisent une oeuvre en deux parties: un Prologue se situe avant la représentation du premier opéra d'un jeune compositeur, chanté par une femme selon une convention fréquente, ensuite vient l'Opéra lui-même, dont le sujet est Ariane à Naxos (Ariadne auf Naxos), Ariane abandonnée par Thésée et récupérée par le dieu Dyonisos, nommé Bacchus à la latine, alors que la jeune princesse le prend pour Hermès, dieu messager et porteur des âmes des morts.
Le Compositeur apprend dans le Prologue que son mécène, un homme richissime mais sans culture, impose un spectacle de Comedia dell'Arte, dont le personnage principal est la frivole Zerbinetta, en même temps que l'opéra tragique !
On peut remarquer l'ambivalence de Hofmannsthal et surtout de Strauss, qui défendent d'abord la pureté de l'Art par la bouche du Compositeur, puis ne craignent pas de contredire ce dernier en organisant l'harmonie, ou du moins la juxtaposition, de deux mondes culturels si opposés, alors qu'une autre possibilité aurait été de laisser des passages de cacophonie organisée. Le librettiste reprochait d'ailleurs à Strauss son goût pour les comédiens italiens et l'infidèle Zerbinetta, au détriment de l'absolu représenté par Ariadne, qui devait triompher...
Je n'aurai que des nuances à ajouter au commentaire si pertinent d'Earthlingonfire, mis à part que je continue à préférer la vieille version de Karajan (1954), dont Krauss (1935) avait été le précurseur, même si celle de Sinopoli est probablement la meilleure depuis 30 ou 40 ans. Il faut se garder de juger une version récente par rapport à une autre qui l'a précédée, pourtant ici la comparaison est éclairante.
C'est peut être la transparence du tissu orchestral qui est la principale qualité de la version Sinopoli, un chef que je connaissais notamment par un Tannhäuser un peu hors sujet par excès d'hédonisme sonore. Mais que de différences entre l'orchestre rond, sensuel et ironique de l'ancienne version (parce que c'est le Philharmonia et parce que c'est Karajan) et la netteté plus acérée de la version Sinopoli (parce que c'est la Staatskapelle Dresden); dans les deux cas, l'orchestre est un protagoniste ou un commentateur essentiel. Je garde une préférence pour la poésie, la souplesse de la version Karajan, qui nous fait entrer dans la magie (et cette magie contamine bien sûr les solistes, notamment les deux groupes des nymphes, d'une part, des comédiens italiens, de l'autre), alors qu'avec Sinopoli, nous restons dans une sorte de rigueur moins évocatrice.
A l'actif de Sinopoli, le Bacchus de Ben Heppner, encore plus le Harlekin de Stephan Genz, nets et vaillants, un Maître de Musique qui chante et ne se contente pas d'être un rôle de caractère pour chanteurs en semi-retraite. Le Compositeur de Anne Sofie von Otter est parmi les meilleurs, sans atteindre le miracle de Seefried et la perfection de Varady. Beaucoup de netteté dans la diction du Majordome (rôle parlé), qui est feu Romuald Pekny, célèbre comédien qui, sans doute pour suivre le tempo de la musique précédente, donne souvent l'impression de réciter son texte, mais qui le reste du temps nous comble par son ironie et même une qualité de dédain cérémonieux qui est la vérité du rôle.
Natalie Dessay, voix lyrique, jeune, fraîche et fluide est à mon goût plus raffinée que Gruberova, qui tenait souvent le rôle de Zerbinetta un peu avant elle et en même temps qu'elle, elle atteint presque la grâce absolue de Rita Streich (versions Karajan, Böhm 1954, etc), mais d'une autre manière. Bien entendu, Gruberova et même Dessay ont une puissance vocale qui manquait quelque peu à Streich.
Pour Ariadne, on l'attend au tournant, si j'ose dire. Ce tournant est pour moi le début de "Es gibt ein Reich", l'impression d'intrusion magique à la porte d'un autre monde,le balancement de "Bald aber naht ein Bote", qui me transportait avec les meilleures Ariadne. Avec Deborah Voigt, on n'est pas au même niveau de poésie. Mais il serait injuste de la juger sur un passage, car, sitôt qu'elle peut chanter à pleine voix, cette forte et un peu massive nature redevient souple et assez intéressante à suivre. Du moins avec elle, on est sûr que sur scène ce serait pareil, alors qu'avec Schwarzkopf, seuls les micros lui permettaient de sussurer ces mots qu'elle rendait merveilleux. Remarque d'ailleurs presque inutile, puisque je parle d'un disque et seul compte le résultat que la princesse, la fille de Minos, c'est Schwarzkopf et pas assez Voigt, et pour la tragédienne, il en va presque de même.
On est heureux qu'un enregistrement aussi réussi que celui de Sinopoli ait pu être enregistré il y a dix ans, soit presque à notre époque, avec cette technique de prise de son si perfectionnée, mais aussi ce rebondissement, ce dialogue entre les chanteurs et l'orchestre, qui sont à mettre au crédit du chef.
NB. Brillant a réédité la version Sinopoli à un prix très avantageux, il reste à savoir si la qualité sonore est exactement semblable. L'édition DG fournissait le livret, il ne faut pas l'attendre avec Brilliant.
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