Trop tôt, trop vite, trop fort : le premier album solo de Rachid Taha (Barbès, 1990) n’aura donc été qu’un simple coup d’essai (qui plus est handicapé par le fâcheux contexte de la guerre du Golfe), une preuve néanmoins que l’existence d’un immigré, en front de scène de la chanson francophone, était désormais possible dans le pays. La meilleure réponse à l’apathie, voire aux réserves des médias et des structures du marché (« désolé, mais nous n’avons pas de clientèle pour ce genre de produit ») était encore d’offrir un album, meilleur encore, au public.
Avec une seconde production éponyme (comme si c’était : on efface tout, et on recommence), Rachid Taha ne délivre pas seulement un beau disque, mais bien une production intelligente.
« Indie » (ode à l’indépendance, certes, mais également aux influences indiennes, dans un joyeux mélange de quatre idiomes, anglais, français, hindou et arabe), enregistré en compagnie de Bruno Maman, séduit de prime abord.
« Ya Rayah », extraordinaire ballade arabo-andalouse (signée Dahmane El Arrachi) enthousiasme de même, par le lyrisme de ses envolées (la chanson bénéficiera par ailleurs d’un nouvel enregistrement pour le compte de l’album
Diwan 2, devenue qu’elle était, entre temps, un tube absolu au sein de la jeunesse libanaise).
« Malika » constitue un sommet de production (et un sommet de l’ambient, donc) grâce au sens des climats délivrés par le guitariste, producteur et ami Steve Hillage.
Mais le pic absolu de l’album reste incontestablement l’œuvre la plus engagée de Taha, ce
« Voilà voilà », qui sut séduire tout autant les amateurs de chansons de révolte, que les adeptes des dancefloors. Le funk oriental de Taha, soutenu par des vers militants, atteint des sommets de lutte joyeuse, car dansée. Composée dans une période de regain des théories de l’extrême-droite en France, elle s’adresse autant aux pieds qu’à la tête (« Je danse, donc je suis ! » s’exclame alors le chanteur), définissant les nouvelles marges d’une musique de combat. Réalisé en single,
« Voilà voilà » sut séduire les DJ anglais, et servit d’épatante avant-garde à un album qui reste comme l’un des plus aboutis du Franco-Algérois.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story