Les concertos de Rachmaninov font parties des sommets absolus du répertoire pour piano. Réputés pour leur exceptionnelle difficulté technique, ces concertos servent de cheval de bataille aux virtuoses du clavier, le côté périlleux des oeuvres oblitérant trop souvent leur beauté formelle et mélodique. Or, pour paraphraser Joseph Hofmann (le dédicataire du 3ème concerto, qu'il ne joua d'ailleurs jamais en public) lorsqu'il évoquait le compositeur : pour jouer Rachmaninov il faut à la fois "des doigts en acier et un coeur en or".
En 2005 Leif Ove Andsnes entame son cycle des concertos de Rachmaninov avec ces 1er et 2ème concertos accompagné par le Philharmonique de Berlin sous la baguette d'Antonio Pappano. Comme il l'avait déjà démontré dans son enregistrement live du 3ème concerto en 1995 (avec Paavo Berglund), le post-romantique éperdu de Rachmaninov convient particulièrement bien à l'univers sonore du pianiste norvégien. Doté d'une technique remarquable au service d'une palette de couleurs exceptionnelle, c'est un Andsnes déjà plus mature qui déploie ici son jeu épuré et chaleureux pour faire vibrer l'ardeur mélancolique du compositeur russe dans toute son ampleur volcanique. Il se montre ainsi poète à la fois robuste et délicat, architecte lumineux mais exubérant, sensible colosse qui transforme les lignes mélodiques en arches et la musique en cathédrale de sons. Il est aidé dans son entreprise par un Antonio Pappano inspiré, lyrique et passionné. L'ensemble est parcouru d'un souffle indéniable et donne une impression de maîtrise totale.
Un Rachmaninov exalté, puissant et envoûtant, qui nous laisse entendre la musique par-devant la technique (performance suffisamment rare pour être soulignée dans ce répertoire !), et qui réussit l'exploit de se démarquer dans une discographie littéralement pléthorique. A consommer donc sans modération...