Toujours adeptes de l’expérimentation et de la prise de risques, les fins arrangeurs et fous bricoleurs du Peuple de l’Herbe parviennent encore à surprendre.
Nul doute que
Radio Blood Money plaira aux adeptes déjà convaincus de la qualité de cette formation lyonnaise qui fête ses dix ans d’existence avec ce quatrième album. Il contient encore de superbes titres où se mêlent hip-hop, drum'n'bass, trip-hop, dub, dans une quête de transe et de bonne vibrations…
Pourtant, DJ Pee, le bassiste Spagg (remplaçant de Stani), N’Zeng officiant à la trompette, au bugle mais aussi à l’orgue Hammond et aux programmations, le batteur Psychotic et le MC JC 001 (désormais inclus dans le line-up officiel) changent d’humeur et décollent violement l’étiquette de groupe festif, avec ce disque-concept décrit comme « la bande son de la dernière chance ».
« Never never knew how the history goes », tel est le postulat qui a donné naissance à
Radio Blood Money, présenté comme un programme pirate diffusé dans un monde post-apocalypse nucléaire. Une ambiance moins légère qu’à l’accoutumée, adaptée du roman d’anticipation
Dr Bloodmoney de Philippe K. Dick, qui donne l’occasion au Peuple de l’Herbe de se montrer plus engagé qu’il ne l’a été jusqu’alors sur le plan politique. Musicalement, le thème de deshumanisation permet l’utilisation d’électro et de beats plus robotiques, plus froids (
« Quai N°8 »,
« Free Degree »), qui surprendront quelques fans. Une impression globale relayée par le travail graphique du livret, réalisé dans un noir et blanc de rigueur par Kid Leone.
Mais le Peuple ne vend pas son âme au diable pour autant, et laisse une place de choix aux instruments qui l’ont toujours caractérisé. Ils symbolisent ici la résistance à la monotonie. Et c’est avec bonheur que
« Plastic People » reprend le groove et une forme de folie hédoniste en main, rejetant le
brave new world, son consumérisme et ses absurdités, qui ont conduit le genre humain sa perte (« Just act large for the pure pleasure. Your new 4x4, but what the fuck for ? You only take your kids to the school next door »).
Le disque réserve aussi de belles plages dub, comme l’excellent
« Riddim Collision », qui enfonce le clou et surligne le message : l’espoir subsiste. Surtout quand ce sombre paysage industriel est éclairé par la trompette de N’Zeng et la voix reggae de Sir Jean, qui signe ici son retour sur
« Judge Not ». Le
pouvoir du peuple, c’est qu’en nous confrontant au pire des futurs, il espère à sa manière nous faire agir au présent (
« Yep-Afini ») : c’est sur cette note jazz-funk que le groupe clôt brillamment cet excellent quatrième album.
Anne Yven - Copyright 2012 Music Story
LE PEUPLE DE L'HERBE est un des groupes hexagonaux emblématiques caractérisé par la volonté de briser les barrières musicales (hip-hop, breakbeat, énergies rock'n'roll et puissance des machines) combinée à une formidable présence scénique. À l'origine de ce quatrième album studio, RADIO BLOOD MONEY, un livre et un constat : un roman cinglant de l'auteur SF culte Philippe K Dick et une réalité politique inquiétante qui mènent à ces douze titres : moins de machines, plus d'humain. Partons donc du principe que l'humanité, dans un futur relativement proche, sera décimée par un accident nucléaire. Quelques résistants décideront d'émettre par satellite un ultime programme radio et cette RADIO BLOOD MONEY devra transmettre espoir et résistance. Au delà du disque de la maturité (notons la volonté d'intégrer au mieux instruments classiques au fracas des machines) et d'une approche disons plus humaine de leur musique, le pari réussi de cet album ambitieux du PEUPLE DE L'HERBE fut d'accorder une place plus importante au propos, à chaque texte et à chaque sample pour leurs donner du sens. Un album qui constitue une veritable pierre d'angle dans la discographie et l'histoire du PEUPLE DE L'HERBE.