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Il y a des trucs comme ça qui sont inimitables. Comme le riff de guitare de Keith Richards sur "Big Black Mariah". Ou les notes que fait claquer Marc Ribot au début de "Jockey Full Of Bourbon". Des guitaristes, des musiciens, que Tom Waits accueille sur cet album pour qu'ils participent à son bric-à-brac à lui, en apportant ce qu'ils ont de plus caractéristique, et si possible quelque chose de pas courant. Ribot, lui, sera parmi les plus fidèles de cette sorte de croisement de Gainsbourg et de Bukowski qu'évoque Tom Waits sur
Rain Dogs. Un album sur lequel des gens comme Rod Stewart sont venus chercher des chansons à reprendre. Même s'il était difficile d'approcher, même de loin ce "Downtown Train" original, que Waits expectore ici d'une voix dégoûtée. Pourtant les notes restent dans la tête, et la guitare quasi frivole de Marc Ribot joue encore des gammes presque gaies. Ce
Rain Dogs doit figurer parmi les albums les plus complets, les plus aboutis de Tom Waits. Près d'une heure de musique, avec 19 titres qui s'empilent sans déchet, et cette fanfare loufoque qui semble faite pour lui et ses histoires des rues. Rues de New York ou de Singapour la nuit, quand frissonnent des polkas chaotiques et des tangos moites. La texture instrumentale (où les percussions brinquebalantes, peut-être des casseroles, des congas... ou des poêles à frire... jouent une drôle de rumba) est forcément décisive. C'est pourtant la plume d'écrivain de Waits - avec un rock'n'roll comme "Union Square" il n'y a plus de doute - qui a toujours le dernier mot.
--José Ruiz
Critique
On a écrit au sujet de cet album qu’il sonnait « comme si le bluesman Howlin’ Wolf s’attaquait à la partition de
L'Opéra de Quat’ Sous de Kurt Weil et Bertold Brecht ». Et on ne voit pas bien ce que l’on pourrait rajouter de plus pertinent.
Manifestement conçu, la surprise en moins, comme une suite intelligente à l’album
Swordfishtrombones (c’est-à-dire pas une copie carbone, mais bien se nourrissant du périple précédent, pour édifier de nouvelles aventures musicales),
Rain Dogs ne se résume – ni se réduit – naturellement pas à une formule, aussi définitive soit-elle. Ni à quelques notes d’accordéon, des vers empruntant au dadaïsme, une trille de marimba, ou une randonnée sur la corniche du chaos.
Rain Dogs offre, dans l’urgence de dix-neuf pièces en pratiquement une heure, un univers dans lequel on pénètre avec sa propre sensibilité, et qu’on découvre au fil des années, comme un oignon aux pelures rétives. L’aventurier du manche Marc Ribot, ou le saxophoniste John Lurie participent de l’épopée, et on relèvera, pour l’anecdote, la présence dans les rangs de ces pirates du Rolling Stones Keith Richards, ou du guitariste et fin praticien des sessions Chris Speding, et de l’ex Canned Heat Larry Taylor à la basse.
Poussé par un vent libertaire, cet album reste comme l’un des meilleurs (le meilleur ?) de Tom Waits. Sans surprise,
Rain Dogs ne parviendra qu’à intégrer à grand peine le Top 200 des charts américains, et on ne s’interroge qu’à peine : comment aurait-il pu en être autrement ?
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story