Comme sa soeur "Zaïs", "Naïs" est une "pastorale héroïque", qui peint les amours entre Neptune et une bergère, sans autre enjeu dramatique que la jalousie de rivaux et le suspense ménagé par le travestissement du dieu. Comme toujours, la musique de Rameau est magnifique, et parfois surprenante : ainsi l'ouverture et le choeur qui lui est enchainé sont d'une violence étonnante. Beaucoup de musique pure dans les "ballets figurés", dont une longue chaconne, et une quantité inhabituelle d'airs qui se suivent souvent sans récitatifs intercalés, ce qui peut provoquer d'ailleurs une certaine monotonie.
Malheureusement, cet enregistrement pionnier de 1980 - et il faut être indulgent pour son âge - souffre de trois défauts : d'abord un plateau de chanteurs exclusivement anglais, avec des problèmes de diction patents dans presque tous les rôles, surtout celui de Jupiter (la basse Ian Caddy, à la voix engorgée et aux vocalises instables), mais aussi les deux principaux, Neptune (le ténor Ian Caley) et Naïs (la soprano Linda Russell) qui, malgré d'assez beaux timbres et de louables efforts, ne peuvent s'empêcher d'avaler les consonnes, voire souvent des syllabes entières. Signalons cependant l'exception que constitue à cet égard le haute-contre Brian Parsons (Astérion), qui s'en tire beaucoup mieux.
Ensuite, la direction de McGegan est plate, et il ne parvient pas à donner à son orchestre la cohérence, le fondu, la couleur et la fluidité indispensables pour rendre justice à cette musique réellement difficile à jouer.
Enfin, la prise de son sature dans les aigus et donne aux choeurs un rendu pâteux.
Ces réserves ne doivent pas dissuader les ramistes passionnés, surtout qu'il n'existe aucun autre enregistrement de "Naïs", mais il est certain que cette oeuvre mérite beaucoup mieux.