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4.0 étoiles sur 5
Retour aux sources, 30 mars 2004
Des musiques initialement composées pour le clavecin, le piano révèle les lignes mélodiques, bien mieux que ne le fait son ancêtre. Ce parti en vertu duquel Edwin Fisher et Glenn Gould ont défendu la musique pour clavier de Bach est aussi, celui par lequel ces deux géants sont entrés dans l'Histoire. Aujourd'hui, dans le sillage de ses aînés, voici qu'Alexandre Tharaud nous offre, à son tour, une interprétation lumineuse de deux suites de pièces pour clavecin de Rameau, datées 1728.
Le choix de Rameau, Alexandre Tharaud le justifie comme étant un retour aux sources de la musique française des XIXe et XXe, celle de Chabrier et de Poulenc, pour laquelle le jeune pianiste se forge le rôle du chantre au clavier. (A l'occasion de la sortie de son Intégrale Ravel en 2003, Tharaud dira aussi, qu'après Rameau, revenir sur le compositeur du Tombeau de Couperin répond à une logique tout à fait prévisible.) Certes, il est permis de contester l'explication de ce vagabondage dans le temps, ou de ne pas y adhérer avec la même conviction, mais qu'importe !
Avec un doigté implacable et une technique sans faille, Tharaud jongle avec les trilles, caractéristiques des compositions pour le clavecin. Le jeune pianiste les reproduit avec une précision quasi-robotique et un naturel tels, qu'à l'écoute, on en vient à oublier la prouesse virtuose que ces ornements exigent, quand ils sont exécutés sur le clavier d'un piano. Mais si certains pianistes de la nouvelle génération ne sont que virtuoses, Tharaud, lui, est loin d'être une machine à jouer. Au gré de la déferlante de ces pièces au charme juteux, il insuffle tour à tour la rêverie (Allemande) et la légèreté (les Trois Mains, la Triomphante), la tristesse (L'Indifférente) et l'humour (la Poule), sans jamais trop en faire. Avec une humilité inébranlable et une minutie rigoureuse, Tharaud rend à l'Art d'interpréter ses lettres de noblesse - ce CD n'en est qu'une preuve de plus. L'interprète s'efface derrière les images que suggère son jeu, si bien que la musique respire, gagne en relief, qu'il s'en dégage une dimension presque visuelle, et qu'ainsi, son Rameau jouit d'une âme.
Pour comble de bonheur, le CD se termine par "Hommage à Rameau" de Debussy. Le contraste est surprenant car seul le thème de ce final justifie son unité avec l'ensemble. De cette Image méditative, Tharaud donne une interprétation visionnaire et si vaporeuse, qu'elle semble destinée à préparer au silence qui suit. Le choix de ce complément de programme est à la fois judicieux et sublime.
Dans la foulée d'un répertoire qui semble tout tracé, quand donc aurons-nous la chance de voir paraître sur CD la transcription pour piano, par le même Alexandre Tharaud, de l'Apprenti Sorcier de Dukas, entendue en concert au Liban, il y a cinq ans déjà ?...
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Esprit de famille, 16 avril 2012
Alexandre Tharaud, petit fils de Marcelle Meyer, mais nous sommes passés des années 50 ( joie solaire sans beaucoup d'états d'ame )aux années 2000 plus intellectualisées: introversion de la somptueuse sarabande de la suite en la mais sans le sublime legato qu'y mettait Marcelle Meyer, Glenn Gould étant passé par là; rebonds rythmiques très travaillés et bonheur des parties rapides proches du jazz mais les sarabandes multicolores de Marcele Meyer restent inoubliables!
Que le piano sied également à cette belle musique, ne serait ce pas là la plus belle information ?
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