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« Je suis né de ce traître, il m’a légué son nom, son oeuvre, sa honte » : ainsi parle Dominique Fernandez de son père Ramon, à l’orée de cette enquête biographique, historique et intime. Le fils cherche à comprendre comment son géniteur, l’un des plus grands intellectuels de son temps, a pu être socialiste à trente et un ans, critique littéraire d’un journal de gauche à trente-huit, compagnon de route des communistes à quarante, fasciste à quarante-trois et collabo à quarante-six…
Dominique Fernandez revisite ainsi l’histoire littéraire des années 1920-1940. Il y joint une remarquable analyse politique car R. F. est de tous les débats. Un bonheur de lecture émouvant, parfois bouleversant. Mais sans concession. Jean-Maurice de Montremy, Livres Hebdo.
Prix de l’Essai France Télévisions.
Dominique Fernandez est né à Paris en 1929. Son cursus : Ecole normale supérieure, agrégation d’italien, doctorat ès lettres. Il écrit régulièrement pour Le Nouvel Observateur. Porporino ou les mystères de Naples lui a valu le prix Médicis en 1974, et Dans la main de l’ange le prix Goncourt en 1982. Dominique Fernandez a été élu à l’Académie française en 2007.
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20 internautes sur 21 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
La réussite dans l'échec.,
Par Ibarrategui (France) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ramon (Broché)
Dans la galerie des intellectuels collaborationnistes, Ramon Fernandez fait souvent figure d'oublié. Les historiens, qui se concentrent généralement sur des personnages plus célèbres (Céline) et plus tranchés (Brasillach), mentionnent allusivement ce franco-mexicain, sans s'arrêter outre-mesure.Dominique, son fils, académicien et septuagénaire, livre ici l'enquête qu'il a menée sur ce père, mort de maladie peu avant la Libération de Paris et oublié, comme ses livres, par le Saint-Germain de Sartre et Camus. Il cherche à expliquer comment un intellectuel difficile à cerner, à la fois mondain et socialiste, intelligent et brutal, a pu se fourvoyer avec les gros bras du doriotisme. D.Fernandez va chercher du côté des antécédents mexicains, du couple raté, des écrits critiques et littéraires, et malheureusement pour lui, échoue à expliquer réellement Ramon Fernandez. Ecrite d'une plume alerte et informée, cette biographie ne parvient en effet quasiment jamais à pénétrer l'intimité et l'individualité de Fernandez. Sa femme, sa mère, ses amis ont pu parler de lui. Mais ils dressent alors un portrait qui ne convient pas, qui ne colle pas avec les actes. La dualité, cette dualité qui parcourt toute l'analyse de Dominique sur Ramon, saute aux yeux lorsque l'on compare la finesse critique, le sens de la mesure, l'admiration pour Proust et Bergson (pourtant peu en odeur de sainteté à l'extrême droite) aux panégyriques de Doriot, aux écrits politiques fascistes et au cabotinage de l'alcoolique germanopratin. Ces 800 pages ne suffisent pas à clarifier l'engagement bizarre de Ramon Fernandez dans le fascisme. Malgré tous ses efforts, son fils ne parvient pratiquement jamais à toucher Ramon Fernandez du doigt. Ramon, ce fasciste qui tresse les louanges du juif homosexuel Proust en 1943. Fernandez, cet admirateur de Bergson qui défend vaille que vaille Doriot, français sous l'uniforme allemand sur le front de l'est. Jamais il ne nous apparaît de manière tangible, tel qu'il a pu être. Si ce n'est vers la fin, alors que Dominique Fernandez semble lâcher prise à son désir d'analyse, et écoute un témoin direct des beuveries du Lipp. Il y a alors plus de vérité sur Ramon en quelques phrases que dans ces 800 pages. Cependant, et c'est là le paradoxe de ce livre, l'échec final de l'écrivain n'empêche pas de reconnaître son mérite et la qualité de sa recherche. Dans ce Paris des intellectuels de l'avant-guerre, D.Fernandez retrace (avec quelques lacunes mais aussi beaucoup de finesse) le parcours d'un d'entre eux, aux côtés de Mauriac, de Martin du Gard et de Gide. Il peint aussi la société cultivée d'une époque révolue, montre la candeur de ses engagements et retrace les conséquences parfois tragiques de ses fourvoiements. Malgré son résultat final, cet ouvrage fascinant démontre que la réussite de l'écrivain peut parfois résider dans l'échec de son entreprise. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
le "collabo" de chez Lipp,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ramon (Broché)
Pour résumer,c'est la biographie,par son fils d'un intellectuel autodidacte(oxymore?)qui a sombré dans le fascisme avant même le début des hostilitésIL y a d'abord un certain portrait de l'insouciante intelligentsia de l'avant guerre où l'on voit apparaitre sinon à travers l'évocation de la prestigieuse NRF,du moins dans les jardins de Gallimard-excusez du peu:Raymond Aron,André Gide,Jean Paulhan,Jacques Audiberti,Jean Sclumberger,André Malraux Marcel Arland,Benjamin Crémieux et bien entendu le "mexicain" héros tragique de cette histoire Ramon Fernandez moins connu,lui, et dont les oeuvres littéraires ne semblent pas avoir marqué le siècle. Il y à aussi l'évocation de destins étonnants.Par exemple celui de la future épouse de Ramon et mére de l'auteur.Fille de modestes et austères instituteurs,sévrienne à dix huit ans avec cent points d'avance sur la deuxième,agrégée de lettres à vingt deux ans et un peu tombée sous l'emprise d'un de ses anciens professeurs devenu (en tout bien tout honneur) son maître à penser;ce qui nous vaut de pénétrer dans une correspondance dont l'élévation doit laisser pantois plus d'un lecteur. Ce personnage,un certain Paul Desjardins sera néanmoins la cause involontaire de la rencontre entre Liliane Chaumette et Fernandez dans le cadre de séminaires organisés par ledit Désjardins.Le brio du "mexicain" séduira la jeune intellectuelle et l'irrésistible Bugatti de Ramon fera le reste. Venons à la grande interrogation de ce livre.L'auteur dit avoir pensé son père"plus attiré par les singeries moilitaires de Doriot que par son discours politique"Pour le lecteur le mystère s'épaissit. Ramon mit surtout sa plume au service du PPF de sinistre mémoire. Mais hélas il participa au fameux voyage des intellectuels en Allemegne et en fut immédiatement par la Résistance,marqué du sceau de l'infamie.Divorcé il devint un habitué de chez Lipp où il pérora jusqu'à sa mort par suicide alcoolique le 2 aout 1944 à cinquante ans. A conseiller à ceux qui s'intéressent à quelques pans moins connus du siècle dernier. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
4.0 étoiles sur 5
Un livre dense, documenté, émouvant ...,
Par
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Ramon (Broché)
" Je suis né de ce traitre, il m'a légué son nom, son œuvre, sa honte " : ainsi parle de Dominique Fernandez de son père Ramon, à l'orée de cette enquête biographique, historique et intime. Le fils cherche à comprendre comment son géniteur, l'un des plus grands intellectuels de son temps, a pu être socialiste à 31 ans, critique littéraire d'un journal de gauche à 38 ans, compagnon de route des communistes à quarante, fasciste à quarante trois et collabo à quarante six ...Ainsi s'exprime Dominique Fernandez sur la 4ème de couverture. Nous n'aurons pas la réponse, tant l'âme humaine est toujours complexe, et ne se laisse pas facilement dépecer ! Toujours est-il que le lecteur est plongé dans le foisonnement intellectuel et artistique des années 20 à 40. Certes, "l'un des plus grands intellectuels de son temps" est singulièrement oublié aujourd'hui. Il n'aura pas marqué son siècle comme ceux qu'il fréquentait, Paul Valéry, Bernanos, Céline, Drieu La Rochelle, Gide, Martin du Gard, Mauriac, Proust .... Il avait la plume alerte, la critique acérée, mais il n'en avait pas le génie ... La seule question qui hante Dominique Fernandez est celle de savoir si son père l'a aimé ... Il n'a guère aimé sa mère, il n'a guère aimé ses multiples maitresses, ni même sans doute ses quelques amants supposés, il n'a au fond aimé que lui-même, ce qui rend ce personnage finalement assez peu sympathique. Et ce qui rend l'auteur amer et triste. Ainsi que le lecteur ... Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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