Ratcatcher fait partie de ces films qui révèlent d'emblée un regard. Le regard de cinéaste de Lynne Ramsay, c'est une évidence à la vision de son film, est particulièrement acéré. Pétri d'influences qui vont de Ken Loach et Bill Douglas, pour le terroir (on pense évidemment à Kes, mais aussi à l'extraordinaire Trilogie du cinéaste écossais :
Bill Douglas Trilogy), à Terrence Malick (période
La Ballade Sauvage et
Les Moissons du ciel), Ratcatcher est à bien des égards l'un des films les plus passionnants et les plus justes consacrés à l'enfance de ces dernières années. On a pu reprocher à Lynne Ramsay d'avoir fait un film aussi déprimant qu'esthétisant, ce qui ne me semble absolument pas justifié. Certes, le film se déroule dans un cadre et avec des situations qui n'inspirent pas la joie la plus profonde. Les années 70 sont recréées avec ce qu'il faut de détails qui tuent (papiers peints et autres tables en formica) les faubourgs de Glasgow, qui plus est en pleine grève des éboueurs, également. L'accent écossais est à couper au couteau, comme dans le film de Ken Loach
Sweet Sixteen. Sans trop dévoiler la ligne narrative (assez lâche), on peut dire que ce qui importe, c'est le portrait d'un enfant isolé à l'intérieur (dans le "cocon" familial) comme à l'extérieur, mis face aux conséquences de ses actes et à un violent désir de fuite. Lynne Ramsay a montré dès son premier film qu'elle savait tout faire, en particulier élaborer des plans toujours beaux et surprenants, très variés dans leur conception, mais qui à mon avis ne sont jamais beaux pour eux-mêmes ou trop beaux. Mais aussi qu'elle savait fort bien diriger ses comédiens, surtout les enfants: ce qu'elle capte de son jeune acteur William Eadie montre qu'elle a su susciter à la fois jeu et naturel de sa part. Depuis, Lynne Ramsay n'a réalisé que deux autres film,
Morvern Callar, qui montrait toujours des qualités de regard évidentes, mais au scénario qu'à moitié satisfaisant. Et plus récemment
We Need to Talk About Kevin, présenté à Cannes en 2011.
Deux éditions en anglais sont disponibles pour ce film:
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l'édition anglaise (zone 2), que je vous déconseille, pas seulement parce que l'image est de qualité juste honnête, mais parce qu'elle ne comporte pas de sous-titres, même anglais. Très honnêtement, seuls les anglophones natifs ou ayant séjourné un bout de temps en Ecosse peuvent saisir la totalité des dialogues (précisons toutefois que le film n'est pas particulièrement bavard).
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l'édition américaine (zone 1), qui a la qualité de la quasi-totalité des éditions Criterion, la Pléiade américaine du dvd. Bon rendu des images et du son. Une interview avec Lynne Ramsay et ses trois courts métrages précédents en bonus. Et surtout donc, des sous-titres en anglais (qui sont sans doute aussi indispensables à la plupart des spectateurs américains qu'à nous).
Vous aurez compris que je trouve scandaleux que Pathé n'ait pas sorti d'édition française de ce film (co-produit par une société française qui plus est). Que je vous engage à le découvrir si vous êtes anglophone. Et qu'il vaut bien mieux si vous pouvez lire les dvd zone 1 que vous choisissiez
Ratcatcher - Criterion Collection Import Zone 1.
P.-S. Vous pouvez utilement compléter la vision du film par la lecture de l'étude qui lui est consacrée dans la remarquable collection du BFI :
Ratcatcher.