Visiblement, on adore ou on déteste ce livre si l'on en croit les réactions contrastées qu'il suscite.
Ecrire un roman biographique sur un personnage connu est probablement un exercice difficile et risqué: les lecteurs ne connaissant pas ou peu le personnage apprendront peut-être quelque-chose et en seront satisfaits. Ceux qui le connaissent risquent au contraire de ne rien découvrir et en seront peut-être frustrés, cela indépendemmant du style de l'écriture et de la qualité littéraire du roman. C'est le cas me semble t-il avec ce livre.
Sur le fond, le parti pris de l'auteur peut sembler original: dépeindre le Ravel intime, le Ravel méconnu, installer une ambiance un peu mélancolique et nostalgique au fil du temps qui passe et des hommes qui trépassent...Visiblement, cette démarche a été préférée à celle qui aurait consisté à dépeindre le célèbre musicien ce qui aurait été considéré comme trop facile et convenu. Néanmoins, le risque, c'est d'ennuyer le lecteur avec des détails et des anecdotes plus ou moins futiles qui apportent une faible plus-value à la connaissance du personnage: Ravel qui boit, dort, dine, fume, se lave, pisse, etc. c'est certainement sympathique en soi mais est-ce vraiment intéressant? Certes, on pourra toujours déduire de tout cela que le célèbre musicien était un grand névrosé obsessionnel...C'est personnellement cet ennui que j'ai ressenti à la lecture de ce roman biographique. De plus, et cela a déjà été dit, l'auteur semble s'être livré à une compilation et une synthèse de plusieurs des nombreux témoignages écrits en hommage à Ravel peu après sa mort, notamment ceux de son amie Hélène Jourdan-Morhange qui est d'ailleurs évoquée dans le roman. On pourrait mettre des " aux passages concernés!
Néanmoins, je suis d'accord avec les commentaires des lecteurs qui préfèrent la deuxième partie du roman, celle consacrée à la fin du compositeur qui est pathétique. Je pense que la vraie valeur ajoutée de ce roman est dans sa dernière phrase, lorsque l'auteur écrit qu'il n'existe aucun film sur Ravel ni aucun enregistrement de sa voix. L'auteur a raison et cette image me parait d'autant plus pertinente et parlante que les moyens techniques existant à l'époque l'auraient permis. Dommage que sa cour d'admirateurs qui l'adulait n'y ait pas pensé et dommage que tout le roman n'ait pas été écrit sur le ton de cette véritable émotion! L'homme Ravel et sa musique bouleversante l'auraient sans doute mérité.
Solange