Ce jeune trio (voir aussi leur double CD des trios de Schubert) nous donne un excellent disque Ravel. Oeuvre pour moi personnellement fétiche, leur interprétation du trio (dont je m'étonne qu'un autre commentateur ici y trouve une violence sous-jacente...) s'inscrit parmi les meilleures (l'emblématique Jarry-Tournus-Pludermacher sur EMI, voire cette Decca avec Thibaudet - eh oui, si snobé en France... - au piano). Assez unique dans son genre, la sonate (ou duo, les deux titres sont admis) violon-violoncelle manque peut-être d'une accroche un peu plus canaille, apache, provocatrice. Mais on est toujours frappé par son modernisme (le deuxième mouvement annonçant déjà Bartok, voire Chostakovitch) (une autre oeuvre ravélienne si renversante de modernité et si scandaleusement méconnue, c'est l'ensemble des 3 mélodies sur des poèmes de Mallarmé; à écouter par Janet Baker et l'ensemble Melos de Londres). Enfin, la sonate violon-piano (à ne pas confondre, évidemment en moins intéressant, avec celle de jeunesse, dite posthume) est ici très séduisante, encore que ces djeunes semblent avoir un peu peur de se déboutonner. Par exemple dans le Blues, où le violon doit oser rubato-miauler un peu comme dans le fameux duo des chats de l'Enfant et les Sortilèges, non? Tout cela dit, encore une fois, je chipote et ce CD est vraiment à marquer d'une pierre blanche dans la disco de chambre ravélienne.
Techniquement, trois petits reproches aussi à ce disque. 1/ il est de ceux pour lequel il faut pousser un peu loin son bouton de volume par rapport à la moyenne, et je n'aime pas ça, na! 2/ dans la prise de son du duo violon-violoncelle, on regrette un déséquilibre mettant le violon un peu trop en arrière par rapport à son partenaire, ce qui nuit justement au propos musical même du compositeur 3/ côté pratique, la pochette semble avoir été conçue purement et simplement dans un bureau, sans que personne ne se soit avisé qu'il est absurde d'avoir à chaque écoute à aller chercher dans le livret pour avoir le détail des plages. Un peu de bon sens, Madame Bouzigue! (P.S. J'ai eu très peur que ce trio Dali ait eu ce mauvais goût - la fausse note! - de choisir le nom du peintre et si tristo-laborieux pitre que j'exècre, pur carriériste facho pro-franquiste qui, apprenant l'assassinat pendant la guerre civile espagnole de son ex-ami le grand poète Lorca, s'était contenté de rétorquer : bien fait! Mais non, Dali, paraît-il, est une variété... de marbre; mais heureusement, la sensibilité ravélienne autant que juvénile de ces jeunots, elle, n'a rien de marmoréen!)