Entre 2004 et 2006,
Ray trusta de chaque côté de l’Atlantique, tous les classements de musiques de films. Mais soyons honnête : cet album est un
best of qui avance masqué.
Ne réitérant en effet pas l’erreur de
Great Balls Of Fire, biographie où il avait demandé à Jerry Lee Lewis d’enregistrer de nouveau ses classiques, le metteur en scène Taylor Hackford construit la bande musicale de
Ray (Jamie Foxx y incarne le Genius, avec une touchante implication) à partir d’enregistrements préexistants, plus particulièrement issus des deux décades prodigieuses que constituèrent les années 50 et 60. On peut imaginer que le cinéaste se trouva face à des choix cornéliens, en compulsant l’invraisemblable catalogue de classiques absolus de notre homme.
Dix-sept chansons donc, assez équitablement réparties entre les catalogues Atlantic et ABC-Paramount, soulignent une évolution de la musicalité, et offrent par là-même une acception assez juste du caractère universel de l’art de Ray Charles.
Evidemment, tous les hits ne sont pas présents (comment cela pourrait-il être possible en un seul volume ?), la période initiale (dite
jazz) et le virage country sont passablement occultés, et on relèvera quelques fâcheuses omissions (
« Lonely Avenue », et sa sensualité féline et maligne). Mais si tous les incunables ne figurent pas ici, tous les titres retenus peuvent revendiquer le statut de chefs-d’œuvre.
Car le parfum particulier du programme de
Ray, mêlant carré d’as (
« What’d I Say »,
« Georgia On My Mind »,
« I Got A Woman »,
« (Night Time Is) The Right Time »), une sélection tout à fait enthousiasmante de performances en public (personne ne peut traverser intact
« Let The Good Times Roll »), et une poignée de chansons plus confidentielles, démontrant à satiété l’état du Rhythm ‘n’ Blues à cette époque, et ce que Ray Charles sut en faire, constitue une introduction tout à fait digne à l’art de cet immense chanteur.
En ce sens,
Ray – The Soundtrack offre, au sens strict du terme, une excellente compilation, déclinant les grandes forces de la carrière du chanteur, mais ménageant assez d’espaces et de manques, pour inciter l’auditeur à pousser plus loin les investigations, et la découverte d’autres disques mémorables. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story