Critique
Deuxième album de Stefano Battaglia pour ECM après les variations minimalistes de
Raccolto (2005), ce recueil revêt un caractère particulier car il est intégralement consacré au sulfureux journaliste, poète, dramaturge, metteur en scène engagé et activiste Pier Paolo Pasolini, assassiné en 1975. En dédiant cette oeuvre à la mémoire de son grand compatriote, le pianiste réalisait ainsi une idée qui lui tenait à coeur depuis plusieurs années, voire ses débuts au sein du label Splasc(h) Records en 1987.
Pour mener à bien ce projet, Battaglia a battu le rappel de ses connaissances pour rendre l'hommage dû à cette grande figure culturelle italienne. La dizaine de musiciens invités se répartit par pupitres de cordes (Dominique Pifarély, Vincent Courtois, Salvatore Maiore, Aya Shimura et Bruno Chevillon), cuivres (Michael Gassmann, Mirco Mariottnii) et percussions (Michele Rabbia et Roberto Dani), en sus du concepteur et leader.
Les choses étant posées, quel programme Stefano Battaglia a-t'il bien pu préparer ? À cette question répondent vingt quatre pièces émouvantes d'un jazz tour à tour mélodieux, répétitif ou minimaliste, aux confins d'un classicisme accessible à tous. Le pianiste s'est manifestement fortement investi dans chacun des instrumentaux évoquant une facette, une oeuvre ou un film de son inspirateur, tels la
« Canzone di Laura Betti », le très beau
« Toto E' Ninetto »,
« Canto Popolare » ou plus loin
« Il Sogno di Una Cosa »,
« Callas » et un touchant
« Teorema ».
À ce premier volume aux intitulés en italien
moderne succède le second aux titres
latins, interprétés dans une configuration différente. Le ton se fait plus docte et sérieux, les compositions plus âpres et contemporaines, destinées davantage à l'amateur de jazz éclairé. Ce chapitre proche de l'univers de Marilyn Crispell propose une quinzaine de pièces minimalistes constituées des sommets
« Lyra II »,
« Lyra VII »,
« Ostia » et l'ultime
« Pasolini ».
Peut-il exister une partie plus importante qu'une autre dans l'oeuvre d'un artiste ? Probablement oui, même si le style et l'approche ne changent pas fondamentalement. Alors en ce qui concerne le pianiste milanais, c'est de celle-ci qu'il s'agit.
Loïc Picaud - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
La seconde parution sur ECM du brillant pianiste/compositeur/improvisateur italien Stefano Battaglia est un vaste projet, objet d'un double CD, célébrant de manière imaginaire les multiples aspects du travail de Pier Paolo Pasolini. Poète, écrivain, cinéaste, journaliste, acteur et activiste en politique, Pasolini (1922-1975) était selon les termes de Susan Sontag - « indiscutablement la personnalité la plus remarquable ayant émergé dans le domaine des arts et des lettres italiens depuis la seconde guerre mondiale ». L'hommage que lui rend Battaglia, en forme de portrait sonore, veut faire écho à la vie et aux oeuvres diverses de Pasolini, à sa vulnérabilité et à ses passions, à son engagement politique et à son art. Pour Bataglia, Pasolini représente « la survie de la poésie », un écrivain dont la voix authentique a trouvé à s'exprimer dans les domaines les plus divers. Stefano Battaglia : piano Avec : - CD1 : Michael Gassman (trompette) -Mirco Mariottini (clarinettes) - Aya Shimura (violoncelle) - Salvatore Maiore (contrebasse) - Roberto Danui (batterie) - CD 2 : Dominique Pifarély (violon) - Vincent Courtois (violoncelle) - Bruno Chevillon (contrebasse) - Michel Rabbia (percussions)