Après le dyptique "Alice" et "Blood Money", Tom Waits nous revient avec un projet brut de décoffrage, qui nous ramène non pas à "Mule Variation" mais plutôt à ses disques des années 80, comme "Sworfishtrombone", "Rain Dogs" et "Frank's Wild Years". Non aps que ce disque soit une régression : bien au contraire, comme les disques précédemment cités, "Real Gone" revient aux structures les plus basiques de la musique pour donner un résultat résolument avant-gardiste. C'est du cubisme musical, en quelque sorte. Oubliez donc l'aspect live de la chose, oubliez que l'on est entre amis : Larry Taylor la basse, Marc Ribot (royal) à la guitare et le propre fils de Tom Waits aux percussions. Sous son aspect minimaliste, il s'agit d'un des disques les plus expérimentaux et les plus travaillés de Tom Waits, tant du point de vue des sonorités, que de l'harmonie de groupe ou des textes.Il suffit d'écouter la plage quatre "Shake it" pour se laisser malmener par les changements de rythme, plutôt inattendues. Les références au blues et aux musiques américaines sont toujours présentes mais l'on est loin d'un climat citadin. Ici, tout est sale. On trouve aussi de nombreuses références aux musiques d'amérique centrale (cubaine, mexicaine). Tom Waits ne se contente pas de chanter, il est parfois le rythme de ses propres chansons, sa voix est partout. Pourtant, l'espace laissé aux guitares reste très important. Le grand absent ici : le piano. Ca pourrait décevoir les fans de Tom, en réalité, c'est également une bonne façon de conserver la tension tout le long de l'album et d'éviter la redite. Les rares ballades du disque prennent ainsi une tournure assez peu habituelle chez Waits, comme sur ce magnifique "Day After Tomorrow", décharge anti-guerre, qui clôt magnifiquement le disque. La mort et la guerre sont plus que jamais présents sur ce disque, dont la tension est sans cesse palpable. Vivement conseillé pour tous les amateurs de Tom Waits, de musique américaine, mais aussi de jazz et de musiques improvisées de toute sorte.