De par ses prestations dans des festivals de jazz parfois trop guindés, Raphael Gualazzi a conquis le public transalpin par ses interprétations bien senties de « Georgia On My Mind » ou « Don't Stop ». Une bonne fée s'est penchée sur le titre phare de son premier EP, « Reality and Fantasy », pour le transformer en hit branché pour soirées et compilations tous azimuts.
Le pianiste italien, croisement de Gavroche et Scott Joplin chantant comme un Jamiroquai, sert un album à la hauteur de sa réputation, laissant un premier essai de reprises (Piano Jazz, 2008) à quelques lointaines encablures. Introduit par un « Madness of Love » aussi original qu'époustouflant, Reality & Fantasy met K.O. tous les pitres du pupitre et voix essouflées du jazz vocal actuel. Les envolées soul de Raphael Gualazzi font mouche, appuyées par des cuivres pétulants et une rythmique souple sur le virtuose « Icarus » ou le funky « Scandalize Me » et son clavinet tout droit sorti d'un album de Stevie Wonder. Sur « Behind the Sun », il guide la chanteuse Rox au sommet de ses vocalises, tandis qu'il fait un crooner crédible dans « A Three Second Breath ».
Le côté rétro de Raphael Gualazzi irrite ou séduit, mais le phénomène fait partie de ces espèces en voie disparition, paré de tous les talents, avec une parfaite maîtrise du dictionnaire soul jazz.
CD acheté aussi après la chronique de Didier Varrod sur France Inter, et c'est un vrai plaisir d'écoute. Et surprise, Raphaël Gualazzi a fini second au concours Eurovision 2011, ce qui prouve que la qualité peut se retrouver là où on ne l'attend pas! G.L.