Un ouvrage d'une grande qualité scientifique qui évoque le problème des nationalités du point de vue français de la Première guerre mondiale aux traités de 1919-1920. Au travers des exemples étudiés de la Pologne, de la Lithuanie et de l'Ukraine, les trois auteurs démontrent que loin d'avoir eut une vue uniciste, les dirigeants français furent profondément divisés quant à l'opportunité d'une politique des nationalités - " du droit de peuples à disposer d'eux-mêmes ". Cette politique prônée par des " progressistes " inspirait la méfiance de ceux qui voulait rétablir le Concert européen après la défaite allemande. Ces derniers craignaient notamment de voir se multiplier de petits Etats vulnérables à l'est de l'Allemagne. Les auteurs nous révèlent que la France éprouva de grandes difficultés à distinguer le niveau réel de l'influence allemande dans les séparatismes. Dans la détermination de sa politique, la France s'appuiera d'abord sur des analyses géopolitiques lui garantissant une puissance suffisante face à l'Allemagne, allant par exemple, jusqu'à attendre la reconnaissance par son alliée russe d'une autonomie polonaise pourtant ardemment souhaitée à Paris pour des raisons historiques et sentimentales, l'objectif premier étant la permanence du front anti-allemand. Mais c'est ce même objectif qui justifiera le renversement de la position française après l'effondrement russe c'est-à-dire poussant à l'installation d'une Pologne la plus forte possible. On le voit, le fruit de cet exceptionnel travail de recherches est l'exploration au plus près des débats durant la Première guerre mondiale et de sa suite immédiate en démêlant le fond de l'opposition entre réalistes et idéologues.