Vous connaissez forcément John Frusciante pour sa participation à l'une des plus belles success stories de ces 20 dernières années et il est vrai que sa contribution aux Red Hot Chili Peppers fut immense. Par contre, la carrière solo de l'animal est nettement plus confidentielle à l'image de ce To Record Only Water for Ten Days qui a en plus la particularité d'être la première galette de l'ami John débarrassé de son encombrante addiction à l'héroïne. Et quelle rédemption ! Quel album !
Contrairement à ses deux précédentes aeuvres, Frusciante a ici laissé tomber le psychédélisme et les structures bancales pour se recadrer sur ce qu'il fait le mieux : des chansons ! C'est un soulagement car, autant le dire, Niandra Ladies and Usually Just a T-Shirt (1994) et Smile from the Streets You Hold (1997) n'étaient pas bien fameux même si traversés de quelques (trop) rares fulgurances. D'ailleurs, Frusciante lui-même (alors en rupture de ban avec les Red Hot Chili Peppers) avoue volontiers n'avoir enregistré ces OVNIs que pour s'acheter sa dose...
C'est une toute autre affaire à laquelle nous avons affaire ici et, mixant allègrement et joyeusement tout ce qui lui passe sous la main et par la tête (de la new wave à la synthpop en passant par le folk, etc.), c'est à un album d'une rare consistance auquel John nous convie. Sa voix y rayonne autant que sa guitare et son utilisation maline et inventive de claviers et boîtes à rythmes relativement minimalistes fait merveille. Il a même, généreux homme que voici, commis quelques somptueux petits instrumentaux servant magnifiquement de respirations et rendant l'album d'autant plus digeste.
A noter le parti-pris du home recording dont vous auriez tort de craindre quoique ce soit tant John maîtrise son sujet. Précisons aussi que TOUT ici a été enregistré par un Frusciante non seulement inspiré mais aussi admirablement versatile.
En résumé, si vous vous intéressez à John Frusciante mais ne savez pas par où commencer, To Record Only Water for Ten Days sera une parfaite introduction à la riche et conséquente discographie solitaire d'un artiste qui, quittant la poule aux aeufs d'or pour voler de ses propres ailes, nous a démontré que l'art lui importe plus que les dollars.