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Red

King Crimson CD
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Détails sur le produit

  • CD (1 janvier 1974)
  • Nombre de disques: 1
  • Label: Discipline Global Mobile/Musea Distribution
  • ASIN : B00065MDSQ
  • Moyenne des commentaires client : 5.0 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (15 commentaires client)
  • Classement des meilleures ventes d'Amazon: 23.512 en Musique (Voir les 100 premiers en Musique)
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Descriptions du produit

Critique

Le titre claque comme un coup de fouet : rouge, zone d’alerte maximale du compteur (figurant très clairement au dos de la pochette, l’aiguille flirtant avec la graduation extrême, quand le bolide va trop vite, l’embardée fatale menaçant à chaque virage, et que l’on pressent, les freins à la limite, sauf à utiliser au plus vite le siège éjectable, ne pas devoir sortir indemne du crash final). C’est, sans conteste possible, le sentiment hantant en cette fin d’année 1974 le maestro Fripp qui, sentant proche la mort des dinosaures du prog (il est un des premiers à employer cette expression qui fera date) et la fin donc d’une époque, décide de quitter le devant de la scène pour se consacrer (et ceci, on s’en apercevra bien plus tard, pour longtemps) à des travaux plus confidentiels, sans laisser à personne d’autre que lui-même le soin d’immoler sa créature (qui ne le satisfait donc plus vraiment), mais sans manquer non plus l’occasion de lui rédiger le plus noir des codicilles testamentaires.

Car ce dernier album, avant fort longtemps, est bien l’œuvre au noir de King Crimson, d’un King Crimson ramassé sur ses forces vives (David Cross vient de claquer la porte et on ne laissera même pas le temps à Ian Mac Donald de retrouver sa place comme prévu), réduit donc à un trio en guise de symbole de sa disparition programmée, et en fait déjà effective à la sortie de l’album, structure lui permettant de décupler la véhémence de ses sombres ardeurs (on sait à quel point dans le rock en général, mais dans le rock progressif aussi, c’est ce type de formation qui permet la plus totale et dévastatrice cohésion), quand bien même les participations moins que négligeables des deux sus-nommés et autres partenaires d’antan (Mel Collins en particulier), permettent, pour autant, le bilan fastueux d’une aventure musicale pour le moins exceptionnelle.

Et la pochette là non plus ne fait pas dans le mystère : noir pour noir, tout y est noir, à l’exception du titre coloré comme il se doit, et ce n’est pas le vague sourire ornant les lèvres de John Wetton qui peut faire oublier le rictus fermé et le regard dur et obstiné du maître, dont le visage, à l’instar des deux autres, affrontant en gros plan l’objectif, est plongé dans un sombre et éclairant contre-jour.

Inutile de dire que les atmosphères élégiaques et mélancoliquement nostalgiques (même si un romantisme sombre s’inscrit toujours en filigrane) se font de plus en plus passagères. Et si les deux réelles mélodies éclairant l’album sont toujours aussi poignantes et magnifiquement timbrées par la voix chaude et sur l’instant (mais jamais très longtemps) rassurante de John Wetton, elles le cèdent donc à chaque fois très rapidement aux contrées arides et inquiétantes que l’animal blessé fréquente avec toujours plus d’angoissante assiduité. Avec cette différence qui caractérise en quelque sorte les deux faces de l’album.

Pour « Fallen angel » (première face où la formule trio donne toute sa puissance hallucinée) elle cède la place à un riff énergique, épais, obsédant et pourtant mélodique, entraîné par la batterie virevoltante du fantastique Bill Bruford où la guitare frippienne moins tranchante qu’à l’accoutumée se fond avec la basse de Wetton en un tellurique amalgame sonore sur lesquels s’époumonent désespérement John Wetton et le cornet dissonant de Marc Charig. Et «Red» en début de face (un pur instrumental uniquement composé par Fripp) et son riff étouffant, cahotique, et obsessionnel à peine interrompu par une brève et lugubre accalmie, ouvre plus que magistralement le bal de ce rock âpre et violent, d’une noire intelligence et d’une exceptionnelle profondeur, habité par cette sombre et farouche prégnance qui le fait ressembler à une sorte de heavy-metal métaphysique, repris avec encore plus d’intensité, si c’était possible, par «One more red nightmare» (au titre plus que bien choisi) et son solo de saxophone déchiré, pour clore une des page les plus virulement torturées de l’œuvre crimsonienne.

Quant à «Starless» (deuxième face où les chemins d’une expérimentation visionnaire sont de nouveau plus que magistralement explorés) qui suit «Providence» un pur, énigmatique et totalement déstabilisant instrumental, où s’illustre une dernière fois avant son départ définitif, plus crispant que jamais, le violon de David Cross, c’est à un de ces formidables crescendos (construit autour d’une boucle de guitare torturante à souhait, déflagration circulairement entre-retenue) dont le groupe a le secret que le mélodie (installée dans un premier temps sur de splendides et majestueuses nappes de mellotron) cède la place (avant que de ré-émerger du chaos, irréelle et superbe, au final) pour une pièce qui, à l’instar de « Lark’s tongue in aspic part 2 » et « Fracture » sur les albums précédents, emmène l’auditeur aux confins du jazz, de la musique contemporaine, dans une sarabande sonore toujours réinventée, d’une tension d’une insoutenable densité, où sont convoqués dans un apothéotique final tous les pouvoirs incantatoires du roi pourpre, laissant pantois et décomposé celui qui l’écoute pour la première fois, regrettant comme Bill Bruford que l’aventure ne se prolonge pas plus longtemps, mais convaincu d’avoir entendu une des les plus grandes œuvres que, toutes tendances confondues, le rock ait jamais produites.



Olivier Souane - Copyright 2013 Music Story

Descriptions du produit

24 bit Remastered version now reissued on Robert Fripp's own DGM label.

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26 internautes sur 29 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le meilleur album de rock progressif? 22 octobre 2005
Par "progdan"
Format:CD
Il n'y a que 5 étoiles, j'ai essayé d'en mettre 6...
Trés difficile de choisir un Crimso, tant la production est parfaite au fil des ans. Le seul group prog qui ne vieillit pas!
RED: La violence belle du morceau éponyme, la voix sublime de Wetton sur Fallen Angel pour une composition à hurler de bonheur...One More Red Nightmare, son chorus fou de sax sur des tempos ahurissant et STARLESS la perle, le joyau peut-être LE MORCEAU!!! Ne pas avoir cette opus dans sa discothéque ne permet pas d'utiliser le nom de discothéque.
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18 internautes sur 20 ont trouvé ce commentaire utile 
Par prince saphir TOP 500 COMMENTATEURS
Format:CD
Cet album est le premier de King Crimson que j'ai acheté et il est resté mon favori; c'est également le plus fameux, avec "In The Court...".
Cinq années seulement séparent la fracassante première "observation" du Roi Pourpre et ce "Red" sous haute-tension, mais il y a un monde entre les deux, même si une certaine analogie peut-être faite (cinq morceaux, une entrée violente, une ballade - même si de facture très différente -, un instrumental expérimental - si on excepte la première partie chantée de "Moonchild" -, et enfin une longue suite progressive en conclusion, plutôt pompeuse dans le premier cas et beaucoup plus aventureuse dans l'autre).
"Red" est aussi le volet final d'un tryptique ultra original, commencé avec le solaire et ésotérique "Lark's Tongue In Aspic" et poursuivi par le plus sombre et difficile et expérimental "Starless And Bible Black". C'est le plus accessible des trois, le plus électrique aussi, même s'il intègre quelques instruments à vent (moins nombreux néanmoins que dans les premiers albums; ils disparaîtront d'ailleurs complètement par la suite) : saxophones alto et soprano, cornet, hautbois, ainsi qu'un violon (génial David Cross). Par contre, aucun clavier, à part le mellotron dans "Starless" et "Fallen Angel".
Effectif : Robert Fripp, guitares/mellotron - John Wetton, basse/chant - Bill Bruford, batterie/percussions + musiciens additionnels.
Voici une brève description des cinq morceaux du dernier album du groupe avec cette formation :
1. Red (6'16) - Robert Fripp dans ses oeuvres. Impassible, il balance des accords géométriques, riffs électriques d'un nouvel âge, comme un "néo-métal" avant l'heure dont se réclameront bien plus tard plusieurs leaders du grunge, à commencer par l'icône KC... Le pont fait contraste, accalmie temporaire dans ce déluge métallique; il sera repris presque à l'identique, mais aux claviers, dans le premier titre du "Danger Money" de UK (avec le même John Wetton à la basse et au chant). Un morceau répétitif et tendu, rythmé par la batterie déchaînée de B. Bruford, et dont le motif sera réutilisé et développé à l'extrême dans les oeuvres largement ultérieures du groupe (le glacial "Thrak" en 1995, le cérébral et quelque peu hermétique "The ConstruKtion Of Light" en 2000, etc).
2. Fallen Angel (5'58) - Il s'enchaîne avec le précédent. Une monumentale litanie, et une des plus belles chansons/mélodies de KC avec "The Night Watch" ou encore "I Talk To The Wind". Couplet assez doux avec hautbois, et refrain plus enlevé, la voix de J. Wetton superbe et déchirante, désabusée... Entre les deux, la guitare électrique déclame de beaux accords, en compagnie d'un saxophone expressif, puis le morceau se termine en gerbes de timbres mélangés dans un flux grandiose qui finit par être emporté, fondu au noir...
3. One More Red Nightmare (7'07) - Très original, peut-être le titre le plus original du disque. La guitare électrique de R. Fripp en accords secs, ponctuée de claquements de métal froissé, comme d'étranges coups de tonnerre de théâtre, la batterie de Bruford qui là encore ne fait pas de la figuration, et le saxophone qui apporte un peu de couleur dans toute cette noirceur tourmentée. Groovy, orageux et sarcastique, comme une sorte de danse burlesque et cauchemardesque composée par un Chostakovitch sous acide et qui se serait convertit au rock, dans une autre vie...
4. Providence (8'06) - Le second instrumental de l'album (guitare, basse, violon, batterie). La batterie, utilisée au même titre que les autres comme un véritable instrument, comporte une partition particulièrement développée, de plus en plus expressive au fur et à mesure que la musique monte en puissance. Le début calme rappelle le "Trio" nocturne de l'album précédent quoiqu'en plus dissonant, mais ensuite, le climat se fait menaçant, atonal, et de plus en plus agité jusqu'à la fin en "queue de poisson". Une pièce à la limite de la musique contemporaine.
5. Starless (12'18) - Ce morceau, l'un des plus importants et imposants du groupe, peut se diviser en trois parties principales, même si on peut distinguer d'autres subdivisions. Seul le début est chanté; il s'agit d'une ballade sur fond de mellotron avec la présence d'un mélancolique saxophone soprano. Une séquence pas extraordinairement originale, mais après, le décor va radicalement changer... La guitare égrenne une note répétitive s'élevant progressivement par degrés en même temps que l'intensité monte peu à peu, et puis on atteint le point de non-retour, la six cordes de Fripp jouant toujours la même note dans l'aigu, dans une tension extrême, la basse grondant juste en-dessous... L'effet acoustique est surprenant : on a l'impression d'une violence sous-jacente qui ne demande qu'à exploser, et c'est comme une sorte d'étrange illusion auditive; en effet, la musique semble aller vite et lentement, en même temps...
Quand la tension est arrivée à son comble, le saxophone s'éclate dans un solo énervé sur une rythmique pas en reste; après une brève accalmie, l'agitation reprends de plus belle dans un maelström sonore d'où s'extirpe à peine un démentiel solo de guitare électrique presque noyé dans la masse... avant que l'atmosphère se détende enfin, avec la reprise majestueuse du thème de la première partie, cette fois-ci dominée par le saxophone presque radieux, avant que le tout ne reflue dans le silence...
... un silence assourdissant, du moins pendant encore quelques minutes après la fin...
"Starless" est le somptueux et mémorable chant du cygne d'un groupe qui va disparaître peu après pour renaître quelques années plus tard, avec un tout nouveau line-up et une musique encore une fois entièrement renouvelée (la trilogie "Discipline"/"Beat"/"Three Of A Perfect Pair").
Entre temps, R. Fripp multipliera les collaborations avec d'autres intellectuels de la musique tels Brian Eno, David Byrne ou encore David Bowie, et continuera ces prolifiques et diverses collaborations jusqu'à aujourd'hui, en alternance avec son activité de compositeur/guitariste en chef de la cellule Crimso... En tout cas, avec cet album novateur (comme le "Station To Station" de Bowie sorti à peu près à la même époque ou le "Fear Of Music" de Talking Heads sorti un peu plus tard ou encore les albums de Police), King Crimson a définitivement gagné le droit de figurer au panthéon des plus grands et des défricheurs de terres musicales nouvelles, même aux yeux des détracteurs les plus virulents du "rock progressif", genre musical que ce disque visionnaire, sans lumière, "sans étoiles", engloutira à lui seul tel un trou noir...
Ou quand le rock se rapproche de la musique dite "sérieuse" et devient de la grande musique.
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6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le rouge et le noir 26 décembre 2008
Par Jeff R
Format:CD
Il est des oeuvres qui vous percutent au moment ou vous vous y attendez le moins, vous font changer de direction, vous emmènent sur des chemins que vous n'auriez jamais eu l'idée d'emprunter. Red est de celles-là, rare, monumentale, qui sur la voie royale et balisée du rock s'impose comme la plus formidable des alternatives.
Rock, Red l'est incontestablement, sur la forme comme sur le fond, difficile de le contester à l'écoute du morceau éponyme. Mais Red est autre chose, bien plus; Progressif ? Ce seul mot mal adapté a suffi à cantonner King Crimson au rang de musique pour disjonctés pédants. Oubliez cela, Red est simplement la quintessence de ce que peuvent produire des musiciens virtuoses quand ils ont parfaitement digéré leurs influences, rock, jazz, musique contemporaine, et qu'ils ont décidé de tout mettre en oeuvre pour toucher la perfection. Musique pour initiés certainement, tant il faut être « éduqué » quand l'art convoque en nous les sentiments les plus complexes, les impressions les plus subtiles. La musique de Red ne se « laisse » pas écouter ; Elle vous prend par les tripes dès le premier accord, vous enserre dans un étau indéfectible pour vous emmener jusqu'à l'apothéose, et vous laisse lessivé, abasourdi.
La musique qui se joue ici est à l'image de la pochette : sombre, hiératique, angoissante pour certains, magnifiquement mélancolique pour les autres. Quoi qu'il en soit, aucun autre disque ne m'a jamais donné cette impression de perfection, de puissance granitique, d'apocalypse magnifique. Un chef-d'oeuvre.
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