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Trois ans après le
Graceland de Paul Simon, le leader des Talking Heads, David Byrne, s'aventure bien au-delà des chemins parcourus par le groupe sur son premier album solo. Avec
Rei Momo, il effectue sa première immersion dans la musique latino américaine, abordant ses diverses facettes, depuis le son à la salsa en passant par le meringue et la samba, tous accompagnés de parties de cuivres et de rythmes superposés. Tout comme
Graceland, cet album a inspiré les critiques (souvent véhémentes) à l'égard de la sélection que Byrne a effectuée dans les styles. L'album passe de genre en genre, mélangeant des musiques traditionnelles à des paroles grinçantes sur les questions de politique et de droits de l'Homme en Amérique Latine. Mais il permet également de remettre en perspective l'engouement de la fin des années 90 pour la musique cubaine, ainsi que le succès de la pop latino, avec qui Byrne partage le mélange de nombreux styles. Quoi qu'il en soit,
Rei Momo reste une des productions les plus inspirées de Byrne, peut-être l'apogée précoce de sa longue carrière solo.
--Andrew Barlett
Critique
Si l’on excepte ses musiques pour ballets ou son travail pour le cinéma, et ses projets collectifs (en particulier avec Brian Eno),
Rei Momo peut être considéré comme le premier vrai album solo de David Byrne (et l’une des toutes premières références de son propre label, Luaka Bop). Le
Rei Momo est la figure emblématique d’un carnaval brésilien, personnage investi de l’autorité d’offrir félicité, joie et danse, au bon peuple. Et, effectivement, l‘album constitue clairement l’assouvissement de la fascination du new-yorkais pour toutes les musiques latines, du merengue au cha cha cha, de la salsa au mambo, en passant par la bossa.
L’ex Talking Heads ne s’est naturellement pas embarqué seul dans cette aventure tropicale, appelant à la rescousse de leurs sens du rythme, le roi de la salsa Willie Colón, la diva Celia Cruz, le Brésilien de la marge Arto Lindsay, et l’empereur des congas Johnny Pacheco. Le contraste reste saisissant entre des salseros jouant, dans leur jus, et leur intuition, la musique de leur cœur, et le chant légèrement atone, plaqué au sommet des orchestrations, d’un artiste intuitif, et dénué de toute prétention encyclopédique. Quinze chansons joyeuses, débridées, et enthousiastes, rebondissant comme une balle en caoutchouc sur toutes les traditions (mais c’est le principe fondateur du projet), et une aventure musicale inédite.
On reprochera à Byrne d’avoir été irrespectueux avec ses invités : tous, en fait, respectent des principes élémentaires, ceux du plaisir. Entraîné par les sympathiques tubes
« Dirty Old Town » et
« Make Believe Mambo »,
Rei Momo connaîtra la gloire du Top 100 des charts américains.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story