Amateur de Jazz, je suis loin d'être un puriste, puisque Gershwin a été cuisiné à toutes les sauces dans le Jazz. Je sais que Brian Wilson fut (il y a maintenant bien longtemps) un grand musicien et chanteur mais là, le résultat est décevant.
Le titre, pour commencer, est discutable : "Reimagines Gershwin" moi je veux bien mais où est l'imagination ? On a trop souvent à faire ici à de la pop aseptisée. Cela dit tout n'est pas au même niveau.
1/ "Intro sur Rhapsody in Blue" : 1'07" de choeurs masculins qui chantent à peine juste. On touche le fond
2/ "The Like in Love with You" est d'une banalité confondante. Il s'agit d'une composition inachevée de Gershwin que Brian Wilson a achevée, à tous les sens du terme. On se croit revenu à l'époque des
Parapluies De Cherbourg avec une orchestration sans intérêt, un Brian Wilson dont la justesse est très approximative et des choeurs qui sévissent de nouveau.
3/ "Summertime" : Là par contre, on a à faire à une excellente interprétation. L'arrangement est excellent (sauf les choeurs qui n'apportent rien, bien au contraire), la voix de Brian presque retrouvée. Cela dit, on est assez loin du niveau de l'interprétation d'Ella Fitzgerald et Louis Armstrong
Summertime4/ "I Loves You Porgy" est aussi d'un bon niveau, avec toujours la même réserve sur les ooooooouuuuuuuuuuuuuu ooooooouuuuuuuuuuuuuu ooooooouuuuuuuuuuuuuu des choeurs. Dommage car l'arrangement est excellent et Brian, pour une fois, presque parfait.
5/ "I Got Plenty O' Nuttin" : Swing, quand tu es là. Comment ne pas taper du pied à l'écoute d'une telle interprétation. Et là effectivement, l'arrangement est plein d'imagination.
6/ "It Ain't Necessarily So" est une composition très difficile de Gershwin et Brian est tombé dans le piège tant au niveau orchestral que vocal (où il a, là, vraiment des problèmes pour assurer le strict minimum). On retombe dans la banalité de "The Like in Love with You", l'arrangement étant tellement médiocre que le morceau s'achève brutalement faute de savoir comment le terminer.
7/ "S'Wonderful" : Sur un rythme latino, encore une fois pas grand-chose à retenir de cette interprétation si ce n'est les problèmes de voix de Brian. Ses 68 ans s'entendent cruellement.
8/ "They can't Take That Away from Me" est par contre des plus réjouissant. Plein d'entrain, joyeux, sur un tempo plus rapide que d'habitude, encore une fois on est pris par une interprétation sympa avec des accents gospel. On claque de doigts car c'est un vrai plaisir à écouter.
9/ "Love Is Here To Stay" : Brian trouve presque une voix de crooner (un peu limité dans l'aigu tout de même). Une interprétation de nouveau sympa mais sans plus.
10/ "I've Got a Crush On you" : Un arrangement typique des années... 60. Il aurait parfaitement convenu à
Brenda Lee. On s'attend à voir débarquer Fonzie accompagné de Richie.
11/ "I Got Rhythm" : Là encore, un arrangement typiquement pop des années 60, sans le moindre intérêt.
12/ "Someone To Watch Over me" est l'une des plus belles ballades écrites par Gershwin. Il en existe des centaines de version. Celle-ci est trop rapide, la voix de Brian Wilson incapable de faire passer la moindre émotion, bref un massacre.
13/ "Nothing But Love" est la deuxième composition de Gershwin qu'achève Brian Wilson. Le résultat est tout aussi médiocre que sur la première.
14/ "Reprise Rhapsody in Blue" : supérieure à l'intro car elle dure 30 secondes de moins.
L'imagination de Brian Wilson est réduite, sur ce disque à sa plus simple expression (et on se limite d'ailleurs à 40 minutes ce qui est un peu abuser à l'époque du CD) : sauf sur 3 (voire 4) exceptions notables (ce qui m'évite de devoir ne donner que 2* à un musicien de la stature de Brian Wilson), il s'est contenté de reproduire des arrangements musicaux bateau tels qu'ils étaient en vogue dans les années 60.
On l'aura compris, ce disque lancé avec une campagne marketing inouïe, à grand renfort de journalistes qui ne semblent pas l'avoir écouté (combien d'articles où l'on nous parle de "savourer le glamour et la mélancolie de Rhapsody In Blue" ou de "donner une nouvelle vie aux mélodies magistrales telles que Rhapsody In Blue" alors que la plus longue version ne dure qu'une minute) plaira principalement à la fondation Gershwin qui va toucher de grosses royalties grâce à une belle opération commerciale.
Il est avant tout destiné aux inconditionnel de Brian Wilson et aux nostalgiques des années 60 à qui j'en recommande l'achat faute de mieux
Pour ceux qui veulent découvrir la richesse de la musique de Gershwin, il existe des dizaines d'autres CDs autrement plus imaginatifs et surprenants.