Présentation de l'éditeur
Le droit d'asile contemporain, en partie issu de la déroute morale des démocraties face au besoin de protection des Juifs, dès les années 1930, est énoncé dans les articles 13 et 14 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. L'histoire comme l'actualité montrent combien ces articles sont à la fois précieux pour le genre humain et faciles à bafouer : il suffit d'empêcher l'accès aux territoires refuges et/ ou de rejeter massivement les demandes d'asile de ceux qui parviennent à passer. C'est ce qui arrive en Europe où les taux de rejet ont été progressivement augmentés jusqu'au voisinage actuel des 100% et où les politiques de camps ainsi que la militarisation des frontières visent à bloquer l'accès aux pays refuges. Naguère, les réfugiés étaient perçus comme des victimes objets de compassion, aujourd'hui ils sont traités comme des coupables et enfermés dans des camps. S'agit-il d'une réponse à un envahissement migratoire ? D'une réaction inéluctable à la crise économique ? De l'effet d'une xénophobie populaire exacerbée ? En s'appuyant sur son expérience de juge de la demande d'asile pour analyser les procédures et cinq années d'étude des politiques de répression des migrations en France et en Europe, l'auteur écarte ces interprétations pour soutenir la thèse d'une transformation de nos cultures politiques sous l'effet d'une xénophobie de gouvernement qui stigmatise l'étranger comme problème, risque ou menace. Ce phénomène entraîne le grand retournement du droit de l'asile qui, bien loin de protéger les exilés, participe aujourd'hui à leur discrédit et sert à justifier leur enfermement dans des camps aux frontières de l'Europe.
Biographie de l'auteur
Jérôme Valluy enseigne la science politique à l'université Panthéon-Sorbonne (Paris 1). Il a été juge à la Commission des recours des réfugiés de février 2001 à juillet 2004. Il coanime le réseau scientifique TERRA (Travaux, études, recherches sur les réfugiés et l'asile). Ses recherches portent sur les politiques publiques et mobilisations sociales relatives aux exilés en France, en Europe et en Afrique.