Je n'aime pas paraphraser.
A partir de quelques passages, voici en résumé l'ouvrage remarquable du Pr. John SCHEID, ancien directeur à l'EPHE, et actuellement Professeur au Collège de France.
Ensuite, pour finir, je vous donnerai la table des matières détaillée.
Il s'agit d'un essai dont le but avoué et assumé est de " "décoloniser" la religion romaine et poser un cadre qui permette de la comprendre sans tomber dans les anachronismes courants".(p.17). "(...) le lecteur n'y trouvera ni un exposé progressif du point de vue chronologique, ni, enfin, une description détaillée des principales cérémonies. Il m'a semblé que le public a davantage besoin d'une étude réagissant, sur quelques points précis, aux excès réducteurs des manuels, qui traitent souvent de la religion romaine comme d'un corps défunt, ou du moins déclinant (...). C'est ce complément que ce petit livre veut ajouter aux volumineux manuels." (p.23). Manuels que John SCHEID cite, compare, critique si besoin, car il les connaît parfaitement.
P.15: "(...) l'histoire des religions peut également aider à déconstruire la représentation que chaque nation se fait de son passé, en montrant que les "ancêtres", souvent supposés tels, étaient, malgré leur proximité apparente, aussi éloignés de la société contemporaine que les habitants des antipodes. (...)
P.24: "Deux traits peuvent définir la religion romaine (ou plus généralement gréco-romaine): c'est une religion sociale et c'est une religion d'actes cultuels. (...) Le lieu où s'exerce la vie religieuse de l'homme romain [du citoyen donc: ni la femme, ni l'esclave, si l'on excepte pour les matrones le culte de la Bona Dea], c'est la famille, l'association professionnelle ou cultuelle, et avant tout la communauté politique.
(...) chaque homme [romain] ressent en fonction de la manière dont il est permis ou prescrit de se conduire."
En résumé, , et je paraphrase John SCHEID, le but de tout citoyen romain est de respecter les rites légués par la tradition contenue dans les Livres Sibyllins, ou les règles du roi Numa, en les exécutant méticuleusement:
P.25: "la faute religieuse, seule capable de susciter une émotion religieuse, consiste pour l'individu dans une infraction matérielle aux prescriptions cultuelles ou une négligence de la tradition, et entraîne pour la COMMUNAUTÉ une rupture de la PAX DEORUM ("la bienveillance des dieux"), souvent lourde de conséquences."
L'ouvrage de John SCHEID explore la religion romaine et ses modalités juridiques du IIIe siècle avant JC au début de l'Empire. On y voit alors l'Empereur Auguste pousser à fond les raisonnements philosophiques des Scipions, et surtout de César: Rome, par ses conquêtes, a changé, la religion doit évoluer. L'Auguste, Divin César, concentre tous les pouvoirs religieux, juridiques et militaires; tribun de la plèbe, il acquiert ensuite le Grand Pontificat, devient augure de Jupiter puis membre des différents collèges; il détient l'imperium. Il se fait le médiateur entre les dieux (notamment Jupiter, Venus Victrix et Mars Ultor) et les hommes; à lui d'apporter par ses bonnes inspirations, son génie, victoire, triomphes et paix à Rome, même en apparence: tant qu'il sera victorieux d'ailleurs, et pieux, l'Empereur ne verra pas sa vie menacée...
TABLE DES MATIÈRES
Abréviations
Préface à la 2e édition
Introduction
1.Piété et impiété
La communauté cultuelle
L'impiété
2.Religion et piété[admirable chapitre!!!]
"Statues vivantes" et maîtres du sacré
Les prêtres-statues"
Les maîtres du sacré
Les maîtres du rite
Les maîtres de légitimité
Le prêtre et le magistrat
Les dieux citoyens
L'époque archaïque. Renouvellement et problèmes
Nouvelles perspectives
Du sacerdoce républicain à l'empereur-prêtre
Comment lire Dumézil
Dumézil comparatiste
Dumézil anthropologue
Une religion en crise? [encore excellent]
L'harmonie relative
La rupture de l'équilibre socio-économique et ses conséquences religieuses
La crise du 1er siècle [av JC] et ses conséquences religieuses
La manipulation du culte public
L'évolution de la mentalité romaine
La nouvelle religion
La religiosité subjective
Glossaire
Bibliographie commentée
Index
Niveau conseillé: latin, 2e année d'histoire ou d'histoire de l'art, option histoire romaine; latinistes, professeurs de latin; public très intéressé.
John SCHEID a écrit en français, avec aisance, limpidité des notions très complexes que l'on relira avec bonheur.
Ses sources romaines sont entre autres (je résume, c'est mal) Varron, Cicéron, Plutarque, Caton, Tite-Live...