Après un
Load décevant qui laissait craindre que la « metal militia » ne soit retournée jouer au fusil à bouchon, Metallica sort
Reload. Le titre peut laisser craindre que le groupe ait décidé de se saborder définitivement en repassant une couche de médiocrité. Bien au contraire, malgré un titre et un visuel proche, la formation nous offre un album riche de nuances et de contrastes, tant dans les parties instrumentales que lyriques. Ce travail se situe dans la continuité de
Metallica, avec un contenu introspectif. Metallica confirme ici la rupture de style. Le thrash/speed est définitivement abandonné pour un heavy aux sonorités grasses en dominante, agrémenté d’ornementations : accords rock/country. Cette fois, Le groupe maîtrise ces incrustations stylistiques, à l’image de l’intro quasi psychédélique de
« Fixxxer »). A ces nuances, il faut ajouter le contraste des tempi, ainsi que des trouvailles ingénieuses au service de l’ambiance de l’album. Par exemple, l’étonnant refrain nasillard de
« The memory remains » sonne comme la nostalgie d’une gloire réelle en contraste avec le rejet violent d’une éphémère gloriole.
Pour les paroles, elles sont nettement plus inspirées que celles de l’album précédent, mais aussi que celles de tous les autres albums du groupe. On peut parler de maturité poétique et vocale : Hetfield ne se contente pas de crier, son chant se fait parfois insinuant (
Devil’s dance »), ou prend des accents de crooner parfaitement intégrés aux titres (
« Low man’s lyric »). Quant au contenu,
Reload poursuit la conversion initiée par le
Black album en mettant en musique un moment introspectif portant sur les difficultés d'être un individu moral. De ce point de vue, les deux piliers de l’album sont
« The unforgiven II » et
« Fixxxer ». Le premier relie directement cet album à
Metallica. Là où l’on pouvait craindre un recyclage commercial, on trouve une matière sonore plus riche et des paroles mettant en scène la question de la mémoire, du passé contre lequel l’individu tente de se définir. Ce conflit trouve sa réponse dans
« Fixxxer ». Une ambiance fantastique baigne ce titre à l’iconographie vaudou, sonorisée avec une intro distordue et stridente doublée d’une guitare bourdonnante. Là où Dieu a échoué à sauver l’homme de ses contradictions, il ne reste que le savoir occulte pour retrouver le sens de la vie. Là aussi, c’est un échec et l’individu demeure une ruine informe : « Can you heal the broken worlds within ? ». Les autres titres développent ces tensions, entre tentation du mal assumée comme nature (
« Carpe diem baby » qui perverti l’adage épicurien, ou
« Attitude »), et nostalgie d’une unité harmonieuse (
The unforgiven II »).
Il reste que la tonalité de l’album demeure sombre, désespérée, à l’image de cet homme épris de vérité présenté comme animal de foire par une voix de Mr Loyal (
« Bad seed »). Il ne reste plus qu’à se rendormir, se pelotonner dans l’ignorance de soi et du monde : « So close your little eyes » (
« Where the wild things are »).
Situé dans la lignée des changements du
Black album et de l’essai raté de
Load,
Reload est représentatif du nouveau Metallica, des nouvelles sonorités et préoccupations du groupe ; en même temps, cet album montre que ce changement de cap musical est tout sauf un laisser aller vers une voie de garage commerciale : on retrouve l’effort d’inventivité de la formation et sa puissance de jeu dans un album plaisant; nourrie de la tradition rock, aux mélodies et refrains entêtant.
Nicolas Kotasek - Copyright 2013 Music Story