L'ouvrage de l'Herne publié en 2008, expose la pensée de René Girard suivant plusieurs tableaux, laissant à des intellectuels le choix d'un thème qui sera repris par René Girard suivant ou non le mode de la dispute médiévale. Les amoureux de la pensée girardienne seront satisfaits, et pour reprendre l'un des thèmes du Maître, ici, l'objet de leur désir sera comblé - car sans nul doute parfaitement identifié et voulu pour tel et non comme objet - support d'une rivalité mimétique avec l'Autre : pas de désir donc du désir de l'Autre, mais bien, recherche intéressée des nuances de la pensée d'un homme qui a bien enrichi notre pensée sur la fin du XX° siècle.
Je reprends en introduction un extrait de la présentation amusée de Mark R. Anspach de Girard qui serait le "roi de mais":
"1- La mimésis est à la base de toute vie collective harmonieuse... mais, lorsqu'elle s'exerce dans le champ du désir, elle engendre des rivalités violentes qui mettent en péril la survie du groupe.
2- Le lynchage unanime sauve le groupe de cette crise terrible en apaisant les violences qui le menacent... mais il le faut au prix d'une violence terrible qui prend pour cible une victime innocente.
3- La victime est faussement accusée d'être la cause de la crise ... mais l'élimination de cette fausse cause apporte une vraie résolution; la victime est donc perçue comme l'incarnation diabolique du mal, mais, puisque c'est grâce à elle que le groupe est sauvé, elle sera également vue comme l'incarnation divine du bien.
4- Pour éviter de nouvelles crises, la communauté interdira les comportements rivalitaires qui avaient provoqué la première crise... mais elle mettra en scène ces mêmes comportements au cours de rites sacrificiels afin de reproduire aussi fidèlement que possible le processus qui avait abouti à la résolution de la première crise.
5- Enfin, la révélation judéo-chrétienne du mécanisme victimaire met fin au sacrifice ritualisé des boucs émissaires... mais, en privant l'humanité de ce moyen d'apaiser les rivalités violentes, elle risque de déchaîner des violences encore plus terribles et de multiplier les lynchages spontanés de boucs émissaires."
J'ai particulièrement apprécié :
- le texte du théologien jésuite Raymund Schwager (dont je lirai prochainement l'ouvrage
Avons-nous besoin d'un bouc émissaire ?) sur "La mort de Jésus. René Girard et la théologie" qui fait suite au texte de René Girard "Satan et le scandale");
- celui de Pascal Bruckner "Sade et le discours du bourreau", de Reginald McGinnis "Violence des Lumières" (notamment sur Diderot),
- le discours de réception à l'Académie française de René Girard par Michel Serres (commenté sur ce site :
Le Tragique et la Pitié);
- René Girard à nouveau "La réciprocité dans le désir et la violence" dont je retire un éclairage instructif de l'individualisme :
"Qu'est-ce que l'individualisme ? C'est être soi. Etre soi, c'est être soi par l'objet désiré qu'on consomme, qu'on absorbe, qu'on fait sien. Mais si, dès le départ, être soi, c'est chercher l'objet du désir de l'autre, il est évident que l'individualisme est aliéné au départ, à sa racine même. L'individualisme étant aliéné au départ, je pense que le type d'écrivain dont je parle [ndlr : James Joyce, Dostoïevski, Cervantès, Shakespeare, Molière, Dante] vit cette aliénation d'une façon tout à fait radicale." -p.187