"Requiem" est une mini-série de quatre épisodes publiée sous forme de "graphic novel". Elle a été réalisée en 2007 par le scénariste J.M. Straczynski et l'illustrateur Esad Ribic.
L'histoire nous raconte les derniers jours de Norrin Radd, le "Silver surfer", condamné à périr parce qu'il a fini par être rongé par son pouvoir cosmique. Il effectuera un dernier voyage qui le mènera de la Terre, sa patrie d'adoption, à "Zenn-La", sa planète natale. Un voyage ponctué de rencontres, notamment avec les figures principales de sa mythologie...
Les auteurs jouent à fond la carte de la retenue et de l'émotion. En découle un récit erratique et quasi hypnotique, qui devrait plonger la plus-part des lecteurs de comics mainstream décérébrés dans la plus profonde des torpeurs. De plus, les planches d'Esad Ribic se regardant comme des tableaux, rappelant par moment les travaux de Vicente Segrelles sur la série
le mercenaire, la lecture n'en est que plus indolente...
En ce qui concerne la toile de fond, on a connu J.M. Straczynski plus inspiré. Le récit demeure très naïf du début à la fin et ne fait que répéter ce qui a déjà été raconté de nombreuses fois à propos de ce personnage, souvent de manière plus approfondie. Il faut dire que le présent recueil est très court. Il reste donc très superficiel en ce qui concerne le dernier voyage du héros, en forme de testament humaniste et de condensé mythologique autour de son histoire éditoriale.
Pour ceux qui connaissent le film
Dead Man de Jim Jarmush, je rappelle à quel point ce dernier avait su insuffler de lyrisme sur le parcours initiatique d'un homme qui, au seuil de la mort, prend conscience de la valeur de la vie. A ce parti-pris intense et désespéré, Straczynski semble avoir préféré une autre voie, respectant à la lettre la pureté originelle de Norrin Radd. En soit, cette ligne de conduite restreint son scénario à une sagesse un peu trop manichéenne.
Bien évidemment, le concept même de cette histoire l'oblige à souffrir de la comparaison avec
La mort de Captain Marvel, le chef d'œuvre de Jim Starlin, qui parvenait à transcender sa naïveté formelle en un puissant manifeste contre l'injustice d'une mort arbitraire.
La forme de l'ensemble est par contre si belle qu'il est très difficile de ne pas plonger dans chaque page avec bonheur : Ecriture, dialogues, pointes d'humour, images somptueuses, tout est trop beau pour bouder son plaisir. Publiée sous cette forme de "graphic novel", l'histoire se lit de manière autonome comme une œuvre presque opératique, découpée en quatre tableaux, dont les titres, "Kyrie, Sanctus, Benedictus, Agnus Dei", sont tout de même assez explicites quant à la note d'intention !
Alors, même si l'on a déjà vu un Straczynski plus en verve et un Ribic encore plus impressionnant (dans
Loki, notamment), "Silver Surfer : Requiem" demeure une lecture extrêmement recommandée, ne serait-ce que pour le dernier volet et l'ultime rencontre entre le héros (ancien héraut !) et son "créateur", assez poignante quand on pense qu'il s'agit là de figures omnipotentes au départ peu enclines à verser dans l'émotion...
En VF, les éditions Panini Comics ont traduit l'ensemble sous la forme d'un album cartonné en 2008 :
Silver Surfer : Requiem : Kyrie, Sanctus, Benedictus, Agnus Dei. En un an à peine, il était épuisé, et demeure aujourd'hui bien difficile à dénicher à un prix raisonnable.