Le "Requiem" d'André Campra est un des plus célèbres de l'époque baroque. Il fut composé (les musicologues n'en sont pas certains) aux alentours de l'année 1722, mais fut édité seulement en 1957. Il éclipse de par ses proportions importantes (quatre voix solistes, choeur à cinq voix et orchestre à quatre parties) les deux autres messes composées par le musicien aixois. Pour son "requiem", Campra, selon l'usage de son époque, n'insère pas dans son oeuvre de "Dies Irae" & de "Libera me". L'atmosphère générale de cette oeuvre forte est l'apaisement, avec la mort comme un soulagement et non comme une punition. Il préfigure par ce côté les "requiem" de Gabriel Fauré et de Maurice Duruflé.
Le "Miserere" ("Psaume 50"), est une supplication de l'être humain implorant le pardon divin. Ce psaume peut se chanter lors de diverses occasions (Jeudi, Vendredi et Samedi Saints, Carême, Enterrements...). Campra composa son "Miserere" en 1725-26. L'effectif requis est le même que pour son "Requiem".
Jean-Claude Malgoire et son fameux ensemble "La Grande Ecurie et la Chambre du Roy" sont affreusement "plats". Bien sûr, cette messe des morts et ce psaume ne demandent pas d'extériorité inutile, d'extravagance, ni de nervosité superflue. Mais là, on s'ennuie franchement. L'orchestre est bien en place (quoi que...), mais joue sans trop de conviction ses deux oeuvres magnifiques, très opératiques. Jean-Claude Malgoire a une vision apaisante de la mort, dans le juste esprit des oeuvres ; mais apaisante ne veut pas dire analgésique... Le continuo est monotone, malgré une poignée d'interventions inventives du théorbiste Yasunori Imamura. Les solistes vocaux sont décevants ; Peter Harvey, grand baryton par ailleurs, manque de charisme ; le ténor Gilles Ragon est plus dans le ton mais trop "carré", trop "droit", sans imagination ; Dominique Visse, un des meilleurs contre-ténors de ses vingt dernières années, avec son timbre de voix reconnaissable entre mille, est dans un mauvais jour ; il appuie trop sa voix pour le coup trop "nasillarde" ; on croirait entendre une sorcière sortie tout droit de "Dido and Aeneas" d'Henry Purcell... Pour les parties "féminines", Jean-Claude Malgoire et Michel Garcin (le producteur) ont choisi des voix d'enfants, ce qui est discutable, surtout sur le plan de l'exécution... Par contre, le choeur ("Les Pages de la Chapelle") est très équilibré et très en verve, Olivier Schneebeli a bien préparé ses voix de garçons et d'hommes. Il surpasse volontiers l'ensemble orchestral, et nous procure deci-delà des moments d'émotions, donnant à ces deux oeuvres le côté opératique qu'elles réclament. John Eliot Gardiner demeure la référence (Erato). William Christie ferait merveille ici, pourquoi après avoir enregistré divinement la tragédie "Idoménée" et des "motets" du même auteur ne se pencherait-il pas sur le "requiem" ?