Le Requiem de Gabriel Fauré est sans doute son ½uvre la plus connue. Sans doute la brièveté de l'½uvre par rapport aux autres messes des morts du répertoire (seules sept parties du rituel catholique le composent), le climat de sérénité qui s'en dégage, et la couleur quasi chambriste expliquent une telle popularité et donc le fait que tous les chefs soient tentés par un enregistrement.
Pour compliquer les choses, il existe trois éditions différentes. Très souvent, les chefs optent pour la 3ème dont l'orchestration n'est sans doute pas complètement de Fauré, mais de l'un de ses élèves qui, il faut bien le dire, n'a rien fait pour alléger la partition (violons dans le sanctus, timbale dans le Libera Me, quelques bois bien discrets...). Le compositeur anglais John Rutter, lui-même auteur de très beaux
Requiem et Magnificat, a redécouvert en 1980 l'original de la main de Fauré objet du présent enregistrement de
Philippe Herreweghe en 1988.
L'artiste belge nous propose une interprétation aérienne et lumineuse. Exploitant totalement la légèreté de cette orchestration restreinte, la musique prend son envol par un phrasé d'une grande souplesse. Le solo de violon du sanctus est sublime. L'orgue prend sa place entière comme instrument de l'orchestre et non comme fond sonore. Le ch½ur articule sans emphase. Un requiem de méditation ; on pourrait dire un vitrail musical.
Agnès Mellon et Peter Kooy, complices de Herreweghe dans les enregistrements baroques de Bach entre autres, respectent parfaitement la diction « peu lyrique » souhaitée par le compositeur.
Un enregistrement unique et indispensable de cette version de 1893. De plus le CD se prolonge par une messe brève rarement jouée, une découverte.
Philippe Herreweghe a signé en 2002 une très délicate
nouvelle version de la 3ème édition avec, notamment, une petite harmonie bien présente (clarinettes dans le Pie Jesu). Une interprétation qui concurrence la belle version de
Carlo_Maria Giulini avec le Philarmonia de 1986.